‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 278 sur 397 · ACTE I, SCENE IV. 42S · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. 42S

Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,

Il plut à ton amour de choisir nos aïeux :

Même tu leur promis de ta bouche sacrée

Une postérité d'étemelle durée.

Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi ;

La nation chérie a Tiolé.sa foi;

Elle a répudié son époux et son père *,

Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère :

Maintenant elle sert sous un maître étranger.

Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger :

Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,

Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,

Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel

Abolisse ton nom, ton peuple, et ton autel.

Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,

Pourroit anéantir la foi de tes oracles,

Raviroit aux mortels le plus cher de tes dons.

Le saint que tu promets et que nous attendons?

Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,

Ivres de notre sang, ferment les seules bouches

Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits ;

Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais. .

déteste comme un linge souillé et qui fait horreur ; que je ne la porte point dans les jours de mon silence, et que je n'ai point mangé à la table d'Aman, ni pris plaisir au festin du roi ; que je n'ai point bu du Tin offert sur l'autel des idoles, et que, depuis le temps que j'ai été amenée en ce palais jusqu'à aujourd'hui, jamais votre servante ne s'est réjouie qu'en vous seul , ô Seigneur, Dieu d'Abraham I O Dieu puissant, au-dessus de tous, écoutez la voix de ceux qui n'ont aucune espérance qu'en vous seul ; sauvez-nous de la main des méchants, et délivrez-moi de ce que je crains. »» (Esth., ch. xiv, v. 3, etc.)

1 Répudier son époux et son père : manière énergique d'exprimer que la nation juive a renoncé à son Dieu. Cette hardiesse est d'autant plus heureuse, que Sion est toujours présentée, dans l'Ecriture, comme l'épouse que Dieu avoit choisie. Chez les Juifs, répudier c'étoit renoncer à sa femme. Ce droit ne pouvoit être exercé que par le mari. Ici la puissance de répudier est attribuée à l'épouse contre son mari, et ce qui est encore plus hardi, contre son propre père. Toute autre expression eût afToibli l'idée du poëte. Cest un crime de renier son Dieu : alors on ne croit plus ; mais le répudier, c'est y croire et y renoncer. Il y a à la fois mépris et ingratitude.

424 ESTHER

Pour jnoi, que tu retiens parmi ces infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles, Et que je mets au rang des pro&nations Ijeor table, leurs festins, et leurs libations ; Que même cette pompe où je sois condamnée. Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée Dans ces jours solennels à Torgueil dédiés. Seule et dans le secret, je le foule à mes pieds ; Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre. Et n*ai de goût qu*aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendois le moment marqué dans ton arrêt. Pour oser de ton peuple embrasser Tintérêt. Ce moment est venu ! ma prompte obéissance Va d'un roi redoutable affronter la présence. C'est pour toi que je marche : accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connaît pas; Commande en me voyant que son courroux s'apaise. Et prête à mes discours un charme qui hii plaise : I^s orages, les vents, les cieux te sont soumis ; Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.

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