ASSUÉRUS, ASAPH
ASSUÉRUS, «Mis sur son trône.
Je veux bien l'avouer : de ce couple perfide' J'avois presque oublié l'attentat parricide ; El j'ai pâli deux fois au terrible récit Qui vient d'en retracer l'image à mon esprit. Je vois de quel succès leur fureur fut suivie, Et que dans les tourments ils laissèrent la vie ; Mais ce sujet zélé qui, d'un œil si subtil. Sut de leur noir complot développer le fil. Qui me montra sur moi leur main déjà levée. Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée. Quel honneur pour sa foi, quel prix a-t-il reçu ^ ?
ASAPH
On lui promit beaucoup : c'est tout ce que j'ai su.
t M Ce que le roi ayant entendu, il dit : Quel honneur et quelle récompense Mardochée a-t-il reçus pour cette fidélité qu'il m'a témoignée! Ses serviteurs et ses oflBciers lui dirent : Il n'en a reçu aucune récompense, n (Esth., ch. vi, vers. 3.) — u Assuérus,, se faisant lire u les annales de son règne, entendit : Une pièce de terre a été donnée « à celui-ci, pour prix d'une belle action; celui-là a reçu des présenta M pour sa fidélité; mais à la conspiration découverte par Mardochée, u il remarqua que ce service étoit resté sans récompense ; aussitôt il '« fit cesser la lecture, pour s'occuper de réparer l'oubli d'un si grand u bienfait. » (Jos., Ant.Jud., 1. XI, cap. vi.) (L. B.)
r^ ESTHER.
ASSUÉRUS
o (fun si grand service oubli trop condamnable!
Des embarras du trône effet inévitable!
I>e soins tumultueux un prince environné ^
Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné;
L'avenir Tinquiète, et le présentée frappe;
Mais, plus prompt que Péclair, le passé nous échappe ;
Ht de tant de mortels à toute heure empressés
A nous faire v<tloir leurs soins intéressés,
Il ne s*en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle.
Prennent à notre gloire un intérêt fidèle,
Du mérite oublié nous fasse souvenir,
Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.
Ah! que plutôt Tinjure échappe à ma vengeance.
Qu'un si rare bienfait à ma rcconnoissance !
Et (|ui voudroit jamais s'exposer pour son roi*?
('e mortel qui montra tant de zèle pour moi
Vit-il encore ? '
ASAPH
Il voit l'astre qui vous éclaire.
ASSUÉRUS
Kt que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire? Quel pays reculé le cache à mes bienfaits?
ASAPH
Assis le plus souvent aux portes du palais. Sans se plaindre de vous ni de sa destinée, Il y traîne, seigneur, sa vie infortunée.
ASSUÉRUS
Et je dois d'autant moins oublier la vertu,
1 Ce discours d'Assuérus ne peut être regardé comme un lieu commun : il est si vrai , si naturel , si plein de sentiment I II n^est point inutile à l'action, puisqu'il sert à excuser l'erreur et la crédulité du roi, complice, sans le savoir, de la cruauté d'Aman. On le plaint, parcequ'on voit qu'il est de sa nature juste et bienfaisant, et qu'il ne fait que le mal qu'on lui cache sous l'apparence du bien. (G.)
î Mouvement semblable à celui de Junon dans le jpremier livre de V Enéide: .
Et quisquam numen Junonis adoret ?
" Et qui désormais adorera la divinité de Junon ! »»