‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 286 sur 397 · ACTE II, SCÈNE I. 4r»r · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 4r»r

Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ^ ;

Que jusqu'aux vils troupeaux, tout éprouva leur rage ;

Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé ;

Mais, crois-moi, dans le rang où je suis élevé.

Mon aine, à ma grandeur tout entière attachée.

Des intérêts du sang est foiblement touchée.

Mardocliée est coupable; et que faut-il de plus?

Je prévins donc contre eux Pesprit d'Assuérus,

J'inventai des couleurs, j'armai la calomnie *,

J'intéressai sa gloire : il trembla pour sa vie.

Je les peignis puissants, riches, séditieux ^ ;

Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux.

« Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire*,

« Et d'un culte profane infecte votre empire?

« Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

« Du reste des humains ils semblent divisés,

« N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes,

c( Et, détestés partout, détestent tous les hommes.

« Prévenez, punissez leurs insolents efforts*;

1 Aman descendoit du roi Agag, qui Tut pris et épargné par 8aùl : ce qui fut cause de la réprobation de Saùl ; et c'est apparemment par cette raison que Mardochée, qui descendoit de Saùl, comme Esther le dit dans la suite, ne vouloit point fléchir le genou devant un homme du sang d'Agag : car il y a apparence que Néhémie, Esdras, et les autres Juifs qui se prostemoient devant le roi, se prosternoient aussi devant Aman. ( L. R.)

s J'inventai des couleurs : cette expression que Bacine a employée plusieurs fois, n'a pas fait fortune ; sortie de la langue poétique, elle est tombée dans la langue vulgaire, sans jamais avoir été adoptée par les bons écrivains.

8 u Et Aman dit au roi Assuérus : Il y a un peuple dispersé par toutes les provinces de votre royaume, divisé d'avec lui-même, qui a des lois et des cérémonies toutes nouvelles, et qui, de plus, méprise les ordonnances du roi. Et vous savez fort bien qu'il est de l'intérêt de votre royaume de ne souffrir pas que la licence le rende encore plus insolent. " ( Esth.y ch. m, vers. 8.)

4 Transition sublime I Aman, qui raconte à son confident ce qu'il a fait, adresse tout à coup la parole au roi comme s'il étoit présent. Tacite, trompé par de faux mémoires, trace à peu près le même portrait des Juifs, dans ses Histoires^ livre V. |G.)

5 II Ordonnez donc, s'il vous plaît, qu'il périsse, et je paierai aux trésoriers de votre épargne dix mille talents. »> [Esih., ch. m, vers. 9.)

430 ESTHER

« De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »

Je dis, et Ton me crut. Le roi, dès l'heure même.

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême :

« Assure, me dit-il, le repos de ion roi;

« Va, perds ces malheureux : leur dépouille est à toi ^ »

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître enfin le trépas différé

Fait trop souO'rir mon cœur, de son sang altéré.

llii je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie?

HTDASPE.

Et ne pouvez-vous pas d*uïi mot Texterminer? Dites au roi, seigneur, de vous Tabandonner.

AMAN

Je viens pour épier le moment favorable.

Tu connais, comme moi, ce prince inexorable :

Tu sais combien, terrible en ses soudains transports.

De nos desseins souvent il rompt tous les ressorts.

Mais à me tourmenter ma crainte est trop subtile :

Mardochée à ses yeux est une âme trop vile.

HYDASPE

Que tnrdez-vous? Allez, et faites promptement Élever de sa mort le honteux instrument *.

AMAN

J^entends du briiit; je sors. Toi, si le roi m'appelle...

HYDASPE

Il suffît.

1 «< Alors le roi tira de son doigt l'anneau dont il avoit accoatuiné de se servir, et le donna à Aman, et lui dit : Gardez pour vous l'argent que vous m'offrez, et pour ce qui est de ce peuple, faites-en ce que vous voudrez. »» (Esth.,ch. m, vers. 10 et U.)

t « Zarès, sa femme, et tous ses amis, lui répondirent : Commandez qu'on dresse une potence fort élevée, qui ait cinquante coudées de haut, et dites au roi, demain au matin, qu'il y fasse pendre Mardochée. »' ( Esth., ch. V, vers. 14.)

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