‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 301 sur 397 · ACTE m , SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE m , SCENE I

Ressentez donc aussi cette félicité.

Si le mal vous aigrit, que le bienfait vous touche; ' "

Je Tai cent fois appris de votre propre bouche :

Quiconque ne sait pas dévorer un affront,

Ni de fausses couleurs se dt-guiser le front.

Loin de Taspect des rois qu'il s'écarte, qu'il fuie, . / '

Il est des contre-temps qu'il faut qu'un sskpi essuie :

Souvent avec prudence un outrage enduré

Aux honneurs les plus hauts a servi de degré.

AMAN

O douleur! ô supplice affreux à la pensée!

O honte qui jamais ne peut être effacée !

Un exécrable Juif, l'opprobre des humains,

S'est donc vu de la pourpre habillé par mes mains!

C'est peu qu'il ait sur moi remporté la victoire;

Malheureux, j'ai servi de héraut à sa gloire.

Le traître ! il insultoit à ma confusion ;

Et tout 16 peuple même, avec dérision

Observant la rougeur qui couvroit mon visage,

De ma chute certaine en tiroit le présage.

Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais.

Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits

Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie,

Et m'accabler enfin de plus d'ignominie. •<

ZARÈS

Pourquoi juger si mal de son intention ? Il croit récompenser une bonne action.

Ne faut-il pas, seigneur, s'étonner au contraire Qu'il en ait si longtemps difléré le salaire? Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil. Vous-même avez dicté tout ce triste appareil : Vous êtes après lui le premier de l'empire. Sait-il toute l'horreur que ce Juif vous inspire ?

AMAN

Il sait qu'il me doit tout, et que, pour sa grandeur ^

1 On assure qu'un ministre qui étoit encore en place aldrt, itlai» qui n'étoit plus en faveur (M. de Louvois), avoit donné lieu à ce ver», parceque, dans un mouvement de colère, il avoit dit quelque» chose dv. semblable. |L. B.)

ESTHBR.

J*ai fottlé soas les pieds remords, crainte, pudeur ; Qtt*aTec un oœnr d*airtin exerçant sa puissance, J*ai fait Uire les lois, et gémir Tinnocenoo ; Que pour lui, des Persans bravant rayer^on, J*ai cbéri, j*ai cherché la malédiction : Et, pour prix de ma vie k leur haine exposée, I^ barbare aujourd'hui m'expose k leur risée!

ZAIÉS.

Seigneur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter'

Ce zèle que pour lut vous fîtes éclater,

Ce soin d'immoler tout à son pouvoir suprême.

Entre nous, avoient^-ils d'autre objet que vousHnènK

Et sans chercher plus loin, tous ces Juifs désolés.

N'est-ce pas à vous seul que vous les immolez?

Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste..

Entin la cour nous hait, le peuple nous déteste.

Ce Juif même, il le faut confesser malgré moi*.

Ce Juif, comblé d'honneurs, me cause quelque effroi

Les malheurs sont souvent enchaînés Tun à l'autre,

Et sa race toujours fut fatale à la vôtre.

De ce léger affront songez à profiter.

Peut-être la fortune est prête à vous quitter ;

Aux plus affreux excès son inconstance passe :

Prévenez sou caprice avant qu'elle se lasse.

Où tendez-vous plus haut ? Je frémis quand je voi

IjOS abîmes profonds qui s'offrent devant moi :

1 C'est dans Tesprit seul des spectateurs que ces idto nattre. Instruits du caractère d'Aman^ ils savent bien que toi ce favori se vante d'avoir fait pour le roi, il ne l'a fait que ; même. Mais est-il dans les convenances que la femme d'Aï ainsll Ne devroit-elle pas plutôt se plaindre de l'injustice d qu'Aman n'ose s'avouer à lui-même, est^^e à Zarès à le lui d froidement 1 Nous remarquons d'ailleurs que ce discours va but que Zarès se propose : au lieu d'éclairer Aman, il doit Tir les hommes les plus méchants ne peuvent souffrir d'être a yeux de ceux qu'ils aiment.

t a Et les sages dont il prenoit conseil , et sa femme, lui rent : Si ce Mardochée, devant lequel vous avez commencé d< est de la race des Juifs, vous ne pourrez lui résister, mais % berez devant lui. » (£s/A., ch. vi, vers. 13.)

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