‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 308 sur 397 · ACTE ni , SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE ni , SCENE IV

Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni Tor. Quel climat renfermoit un si rare trésor? Dans quel sein vertueux avez-vous pris naissance* Et quelle main si sage éleva votre enfance? Mais dites promptement ce «que vous demandez : Tous vos désirs, Esther, vous seront accordés * ; Dussiez- vous, je Tai dit, et veux bien le redire, Demander la moitié de ce puissant empire *.

ESTHEB.

Je ne m'égare point dans ces vastes désirs. Mais puistiu'il faut enfiu expliquer mes soupirs, Puisque mon roi lui-même à parler me convie,

Elle 80 jette aux. pieds du roK)

J'ose vous implorer, et pour ma propre vie * Et pour les tristes jours d'un peuple infortuné Qu'à périr avec moi vous avez condamné.

ASSUÉRUS , la relevant.

A périr? Vous! Quel peuple ? Et quel est ce mystère *?

AÏIAN, tout bas.

Je tremble. -

ESTHEn.

Esther, seigneur, eut un Jiiif ix)ur son père :

donne même utie idée de l'immensité des ennemis, mais il nous semble manquer de correction.

1 Désirs poui; demande est une hardiesse permwe aux poètes. On dit en prose : salis/aire, combler les deiirs^ accorder les demandes. Racine emploie le désir pour la chose désirée. (G.)

* « Que desirez-Tous que je vous donne, et que me demandez-vous! Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerois. »» [Esth:, ch. v, vers. 6.)

3 u Esther lui répondit : O roi, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, je vous conjure de m'accordy, s'il vous plaît, ma propre vie, et celle de mon peuple, pour lequel j'implore votre clémence : car nous avons été livrés, moi et mon peuple, pour être foulés aux pieds, pour être égorgés et exterminés. Et plût à Dieu. qu'on nous vendît au moins, et hommes et femmes, comme des esclaves ; ce mal seroit supportable en ijuelque sorte, et je me tairois en me contentant de gémir: mais maintenant nous avons un eunen^i impjltoyable, dont la, crjoauté retombe sur le roi même, »» (Esth., ch. vu, vers. 3 et 4.)

* «Le roi Assuérus lui répondit: Qui est celui-là, qui est assez puissant pour faire ce que vous dites! »> [Esth., ch. vil, vers. 5.)

Mi ESTHBB.

De vos ordres sanglants tous nvez b rigueur.

AMAN, ipart.

Ah dieux!

ASSUXBDS.

Ah ! de quel coup me percei-vona le oa Vous la fille d'un Juif? Hé quoi! tout ce cfoe j^aii Cette Estlier, Tinnoceuce et la sagesse même. Que je croyois du del les plus chères amoiira. Dans cette source impure auroit puisé ses jours 1 Malheureux !

ESTHEB.

Vous pourrez rejeter ma prière :

Mais je demande au moins que, pour grâce démit Jusqu^à la fin, seigneur, vous m'entendiez parler. Kt que surtout Aman n'ose point me troubler.

A88UBRU8.

Parlez.

O Dieu, confonds Taudace et Timposture ! Ces Juifs, dont vous voulez délivrer la nature, Que vous croyez, seigneur, le rebut des humains, D'une riche contrée autrefois souverains, Pendant qu'ils n'adoroient que le Dieu de leurs | Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères. Ce Dieu, maître absolu de la terre et des cieui X'est point tel que l'erreur le figure à vos yeux : L'Éternel est son nom, le monde est son ouvrage fi entend les soupirs de l'humble qn'on outrage. Juge tous les mortels avec d'égales lois. Et du haut de son trône interroge les rois^. Des plus feiTnes États la chute époiivantable. Quand il vont, n'est qu'un jeu de sa main redoul Les Juifs à d'autres dieux osèrent s'adresser : Roi, peuples, en un jour tout se vit disperser : Sous les Assyriens leur triste servitude

1 Jamais on ne fit un aussi noble usage de la poésie, J porta aussi haut l'art des vers. Cest à la lecture de ces \ que Voltaire, dans toute la naïveté du sentiment dont il é 8*écrioit : « On a honte de faire des vers quand on en lit

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