ACTE III , SCÈNE IV
Devint le juste prix de leur ingratitude.
Mais, pour punir enfin nos maîtres à leur tour, Dieu fit choix de Cyrus avant qu'il vit Je jour». L'appela par son nom, le promit à la terre, Le fit naître, et soudain Tarma de son tonnerre, Brisa les fiers remparts et les portes d*airain, Mit des superbes rois la dépouille en sa main. De son temple détruit vengea sur eux Tinjure : Babylone paya nos pleurs avec usure.
Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits. Regarda notre peuple avec des yeux de paix. Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines Et le temple sortoit déjà de ses ruines. Mais, de ce roi si sage héritier insensé, .Son fils interrompit Touvrage œmmencé*, Fut sourd à nos douleurs : Dieu rejeta sa race. Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place.
Que n*espérions-nous point d'un roi si généreux ! Dieu regarde en pitié son peuple malheureux. Disions-nous : un roi règne, ami de Tinnocence. Partout du nouveau prince on vantoit la clémence : Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris. Ciel ! verra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les plus doux Toreille environnée. Et du bonheur public la souree empoisonnée? Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux souffler la cruauté; Un ministre ennemi de votre propre gloire...
I Ce vers et les suivants sont la traduction poétique des quatre premiers versets du quarante-cinquième chapitre d'Isaïe. Bossuet, dans nn style digne du prophète, avoit déjà traduit ou plutôt paraphrasé ce passage d'Isaïe : « Quel autre a fait un Cyrus, si ce n*est Dieu, qui Tavoit nommé deux cents ans avant sa naissance, dans les oracles d'IsaVel » — m Tu n'es pas encore, lui disoitr-il, mais je te vois, et je u t'ai nommé par ton nom ; tu t'appelleras Cyrus. Je marcherai devant M toi dans les combats ; à ton approche je mettrai les rois en fuite, je M briserai les portes d'airain. C'est moi qui étends les cieux, qui sou- « tiens la terre, qui nomme ce qui est comme ce quin'ettpas. » (Orai*. fun. du grand Condé,) (G.)
s Caanhyse.
466 ESTHER
AMAN
De votre gloire ! Moi ? Ciel ! Le pourriez-voiis croire? Moi, qui n*ai d*autre objet ni d'autre dieu.,.
ASSUÊRUS.
Tais-toi 1.
Oses-tu donc parler sans Tordre de ton roi ?
Notre ennemi cruel devant vous se déclare* :
Cest lui, c'est ce ministre infidèle et barbare
Qui, d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu,
Contre notre innocence arma votre vertu.
Et quel autre, grand Dieu ! qu'un Scythe impitoyable
Auroit de tant d'horreurs diclé l'ordre effroyable !
Partout l'afl'reux signal en même temps donné
De meurtres remplira l'univers étonné :
On verra, sous le nom du plus juste des princes,
Un perfide étranger désoler vos provinces;
Et dans ce palais même, en proie à son courroux.
Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.
Et que reproche aux Juifs s^a haine envenimée? Quelle guerre intestine avons-nous allumée ? Les a-t-on vuç marcher parmi vos ennemis? Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis? - Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie, Pendant que votre main, sqr eux appesantie, A leurs persécuteurs les livroit sans secours^ Ils conjuroient ce Dieu de veiller sur vos jours. De rompre des méchants les trames çrioiinelles,, :
De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes ^.
* La dureté de cet ordre est une image Adèle du mépris qu'avoient les despotes de l'Asie pour ces premiers esclaves de leurs caprices. Auguste, dans, une monarchie naissante et beaucoup plus polie que cdile de Perse, parle autreixient à Cinna ; il lui dit, du ton le plus modéré : Tu tiens mal ta promisse. [kcte\ y se. u) [G.) . ,. ■
S « Esther lui répondit : C'est cet Aman que vous voyez qui. est notre cruel adversaire et notre ennemi mortel. » [Eslh., ch. vu, v.6.)
3 Corneille, dans Polj/euc te, SiCie ÏV, se. vi^ di,t :
Ils font' des vœux pour nous qui hjs persécutons. Voltaire remarque que Bacine a exprimé la même chose dans 4es