ACTE III, SCÈNE V
Les ennemis des Jnife m*ont trahi, m'ont trompé :
J'en atteste du ciel la puissance suprême,
Et les perdant j'ai cru vous assurer vous-même ^
Princesse, en leur faveur employez mon crédit :
Le roi, vous le voyez, flotte encore interdit.
Je sais par quels ressorts on le pousse, on l'arrête;
Et fais, comme il me plaît, le calme et la tempête >.
Les intérêts des Juifs déjà me sont sacrés.
Parlez : vos ennemis aussitôt massacrés,
Victimes de la foi que ma ixracbe vous jure,
De ma fiitale erreur répareront l'ii^ure.
Quel sang demandest-vous?
KSTHEE.
Va, traître, laisse-moi.
i Vouâ asmrer^ c'est-à-dire assurer votre fortune et votre vie. Noua avons déjà fait observer qu'on disoit assurer quelque ehou^ et non 1^ assurer quelqu'un; mais du temps de Racine cette expression n'avoit pas une signification bien précise ; au moins la trouyet-on employée dans des sens assez opposés par les écrivains les pins corrects.
t Iman, suivant Geoffroy, veut faire entendre à Esther (^ue, si par son moyen il peut échapper au danger, il emploiera en faveur des Juifs le crédit qu'il aura recouvré. Il nous semble que tel n'est pas le sens des vers de Racine. Rien n'est plus positif que les pafoles d'Aman :
Le roi, tous le Toyes, flotte encore interdit,
c'ttt*à-dire doute encore s'il prendra les intérêts des Juifs, Les deux ▼an foKrâBte se rapportent à cette idée : « Employez mon pouvoir ; J« M saiis par quels ressorts on pousse, on arrête Assaéms ; et comme je m vois que les Juifs vous sont chers, leurs intérêts w»e seront sacrée. » Sans doute Aman est tourmenté déjà par ses craintes secrètes; mais, devant Esther, il doit les dissimuler. C'est en lui faisant croire à son pouvoir qu'il peut espérer de se sauver ; qu'il se rende nécessaire un moment, et son triomphe est certain. Cest seulement lorsqu'il est sûr qu'Esther a lu dans son ame que doivent éclater les sentiments qoe le commentateur lui prête en ce moment. Il s'écrie alors :
Cen est fait : mon orgueil est forcé de plier.
Sa fierté disparott avec son pouvoir, n vient d'offrir du sang^ et teaaat il demande la vie. Telle est la marche du cœur humain, Racine ne pouvoit pas la méconnottre.
470 ESTHER
Les Juifs n*attendent rien d'un méchant tel que toi.
Misérable, le Dieu vengeur de Tinnocence, '
Tout prêt à te juger, tient déjà sa balance ! .
Bientôt ton juste arrêt te sera prononcé.
Tremble : son jour approche, et ton règne est passée.
AMAN
Oui, ce dieu, je Tavoue, est un dieu redoutable. Mais veut-il que Ton garde une haine implacable ? Cen est fait : mon orgueil est forcé de plier; L'inexorable Aman est réduit à prier *.
(Il M jette i lei piedt. )
Par le salut des Juifs, par ces pieds que j'embrasse^ Par ce sage vieillard, Thonneur de votre race. Daignez d'un roi terrible apaiser le courroux; Sauvez Aman, qui tremble à vos sacrés genoux.