‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 310 sur 397 · ACTE m, SCENE IV. 4iB · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IV. 4iB

N'en doutez point, seigneur, il fut votre soutien : ■ '■' Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien S Dissipa devant vous les innombrables Scythes, Et renferma les mers dans vos vastes limites ; Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein De deux traîtres tout prêts à vous percer le sdn. Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille.

ASSUÉRUS

Mardochée? '

ESTHER

Il restdit seul de notre famille.

Mon père étoit son frère. Il descend comme moi Du sang infortuné de notre premier roi ^. Plein d'une juste horreur pour un Amalécitc, Race que notre Dieu de sa bouche a maudite. Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux, Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à vous. De là contre les Juifs et contre Mardochée

cinq vers qui précèdent; puis il ajoute : Sévère, qui parle en homme d'Etat, ne dit qu^un mdt, et ce mot est plein d'énergie ; -Esther, qui veut toucher A ssuérus, étend davantage cette idée; Sévère ne fait qu'une réflexion, Ksther fait une prière. Ainsi, l'un doit être concis, et l'autre déployer une éloquence attendrissante. Ce soht dès!lieailtés différentes, et toutes deux à leur place. On peut souvent, dit Voltaire, faire de ces -comparaisons; rien ne contribue davantage à-épirrçr :1c goût.

1 Ce discours d'Esther réunit l'adresse à l'énergie. Ces grandçsrid^» sur le pouvoir de là Divinité, mêlées à celles qui peuvent flatter l'or- Çuéil d'Assuérus, dévoient étonner et enchanter tout à ^ fois le superbe monarque, dans la bouche d'une jeune fem'me adorée : la nation juive ne pouvoit avoir auprès du trône d'orateur plus Imbile et plus touchant. Quel tableau, quelle situation que celle de l'innocence plai-. dant elle-même sa cause en présence du calomniateur, au tribunal d'un souvwain trompé par la calomnie 1 Qu'y a-t-il de plus intéressant, de plus théâtral t Et comment le triomphe de la vertu persécutée .sur^ le crime trop longtemps heureux, triomphe si consolant pour l'hçmanité,' si plein de charme et d'intérêt dans nos romans et dans nos com- I>ositions dramatiques, auroit-il perdu tout son effet, parcequ'il se trouve dans une tragédie sacrée! (G.)

t Cis, de la tribu de Benjamin, étoit père de Saûl, et l'un des aïeux de Mardochée. (L. B.)

468 BSTHER.

Cette bâine, teigneiir, sous d^autres noms cachée.

En Tiio de tm Menftite Mardochée est paré :

A la porte d*Aman est déjà préparé

D*un infâme trépas rinstrument exécrable ;

Dans une benre au plus tard ce vieillard vénérable,

Des portes du palais par son ordre arracbé.

Couvert de votre pourpre y doit être attaché.

ASSUÈIUS.

Quel jour mêlé d*borreur vient effrayer mon ame ! Tout mon sang de colère et de honte s*enfiamme. rétois donc le jouet.. Ciel, daigne m*éclairer ! Un moment sans témoins cherchons à respirer*. Appelez Mardochée : il faut aussi Tenteudre *

'Lft roi s'éloigne.) UHE ISRAKLITE.

Vérité que jMmplore, achève de descendre ' !

CSTHER, AMAN, ÉLISE, le chobib.

AMAN

D'un juste étonnement je demeure frappé ^.

1 u Le roi en même temps se leva tout en colère ; et, étant sorti du lieu du festin , il entra dans un jardin planté d*arbres. (Esth., cb. vit. vers. 7.)

1 Cette sortie d'Âssuérus, quoique conforme à rhistoire, a été l'objet d'une juste critique. Il est évident qu'eRe n'est pas assez motivée. La Harpe en conclut que la pièce n'a rien de commun avec les règles du théâtre. Ce jugement est exagéré : il est clair seulement d'après quelques négligences de ce genre, qu'il eût été si facile d'éviter, que Racine ne croyoit pas qn^Ssther dût jamais être représentée hors de l'enceinte de Saint-C3rr ; et, quant au mérite de l'ouvrage, il faut bien reconnottre avec Voltaire que , malgré le vice du su)®*» trente vers d^Bsther valent mieux que beaucoup de tragédies qui ont eu de plus grands succès.

La suppression des choeurs oblige les comé^m à mettre ce vers dans la bouche d'Esther.

4 M Aman, entendant ceci, demeura tout interdit, ne pouvant supporter les regards ni du roi ni de la reine. » {Esth.t cb. vit, vers. 6.)

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