ACTE I, SCENE II. 50r
JOAD
Ne vous Tai-je pas dit? Nos prôtres, nos lévites.
JOSABETH
Je sais que, près de vous en secret assemblés
Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé;
Que, pleins d'amour pour vous, d'horreur pour Athalie,
Un serment solennel par avance les lie ^
A ce fils de David qu'on leur doit révéler.
Mais, quelque noble ardeur dont ils puissent brûler ^
Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle ?
Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle?
Doutez-vous qu' Athalie, au premier bruit semé
Qu'un (ils d'Ochozias est ici renfermé,
De ses tiers étrangers assemblant les cohortes,
N'environne le temple, et n'en brise les portes ?
Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints,
Qui, levant au Seigneur leurs innocentes mains,
Ne savent que gémir et prier pour nos crimes.
Et n'ont jamais versé que le sang des victimes?
Peut-être dans leurs bi'as Joas percé de coups...
1 On ne dit pas en prose un nombre assemblé; mais le sens est si clair, qu'on excuse cette licence poétique en faveur de la précision. On ]it dans ]a première édition :
Je sais que, près de tous en secret rassemblé, etc. (G.j
On peut voir la manière habile dont Joad prépara cette grande révolution, dans le liv. IV des Rois^ chap. vi ; au chap. xxiii du liv. des Paralipomènes, et dans le chap. yii du liv. IX des Antiquités judaïques, de Josèphe. (L. B.)
> Quoique l'esprit et le caractère essentiel de toute la pièce soit de présenter toujours Dieu dans tous les événements, cependant le grand prêtre n'a négligé aucune des précautions qu'exige la prudence humaine. Cette sage prévoyance est un devoir : il faut commencer par faire tout ce que peut un mortel, et attendre ensuite le secours divin avec une confiance inaltérable. Tel est le personnage de Joad, le plus étonnant, le plus sublime qu'il y ait au théâtre. (G.)
3 Geoffroy a observé que la régularité de la construction demanderoit : de quelque noble ardeur qu'ils puissent brûler. Il est cependant remarquable que Boileau a usé de la même licence dans sa satire XI , et dans sa première épitre au roi.
^06 ATHALIE
JOAD
Et comptez-vous pour rien Dieu, qui combat pour nous?
Dieu, qui de l^orphelin protège rinnocence.
Et Tait dans la foiblesse éclater sa puissance;
Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Jezraêl
Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;
Dieu, qui frappant Joram, le mari de leur fille,
A jusque sur son Uls poursuivi la famille ^ ;
Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu *,
Sur cette race impie est toujours étendu?
JOSABETH
Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère Que je crains pour le fils de mon malheureux frère. Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné. Avec eux en naissant ne fut pas condamné? Si Dieu, le séparant d'uue odieuse race, En faveur de David voudra lui faire grâce? Hélas! Télat horrible où le ciel me Tofifrit Revient à tout moment efl'rayer mon esprit. De princes égorgés la chambre éloit remplie ' ; Tn poignard à la main, Timplacabie Athalie Au carnage animoit ses barbares soldats. Et poursuivoit le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue : Je me figure cncor sa nourrice éperdue. Qui devant les bourreaux s'étoit jetée en vain *, Et, foible, le tenoit renversé sur son sein ^.
* La relation du mot son n'est pas claire. Grammaticalement il peut signifier le /ils de Dieu, ]e/ils de Joram, et le /ils de leur/ille.
! Le mot de Dieu , répété quatre fois à la tête de quatre distiques de suite, donne à cette phrase une singulière dignité. (L.)
3 La simplicité de cette expression, la chambre, est couverte par la richesse des termes qui l'environnent. Les premiers vers offrent une petite négligence : c'est la consonnance des trois hémistiches de trois vers consécutifs : enfant, naissant, séparant» |jG.)
* On a partout cité ce morceau comme un modèle de peinture touchante : tous les traits en sont finis. Je ne remarquerai que cet hémistiche, s'était jetée en vain, où le vers semble tomber à chaque mot. II est impossible de mieux teivàie YfcffoTVvnvç\û«&wv\.d^\«.toiblesse. (L.l
s (Quelques grammairiens onl aY«<iuu\it feï\wSNQ^\w«: ^\««. it^% \5aav*.