‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 337 sur 397 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Est venu lui montrer un glaive étincelant ;

Mais sa langue en sa bouche à Tinstant s'est glacée,

Et toute son audace a paru terrassée ^ ;

Ses yeux, comme effrayés, n'osoient se détourner;

Surtout, Éliacin paraissoit Fétonner.

JOSABETH

Quoi donc? Éliacin a paru devant elle?

ZACHARIE

Nous regardions tous deux cette reine cruelle. Et d'une égale horreur nos cœurs étoient frappés. Mais les prêtres bientôt nous ont enveloppés : On nous a fait sortir. J'ignore tout le reste, Et venois vous conter ce désordre funeste 2.

JOSABETH*

Ah ! de nos bras sans doute elle vient l'arracher ; Et c'est lui qu'à l'autel sa fureur vient chercher. Peut-être en ce moment l'objet de tant de larmes... Souviens-toi de David, Dieu, qui vois mes alarmes!

SALOMITH.

Quel est-il cet objet des pleurs que vous versez ?

1 C'est cet étonnement, cet effroi si naturel dont elle doit être (happée à la vue de Joas, qui explique parfaitement pourquoi elle ne songe pas même à se venger de l'injure qu'elle vient de recevoir. Cette ressemblance si forte entre Joas et l'enfant qu'elle a vu en songe est un des ressorts les mieux conçus qu'on ait jamais employés, et il paroU certain qu'elle a été suggérée par l'histoire de Jaddus, racontée dans Josèphe. Racine, dans cet ouvrage, a tiré tout des mêmes sources. (L.)

s L'Académie dit que le mot conter est impropre et du style familier; elle auroit dû remarquer au contraire combied cette^expression ëtoit naturelle dans la bouche d'un enfant. Elle donne à son récit toute la naïveté de son âge, et le poète a dû l'employer à dessein. Cela est si vrai, qu'on la trouve encore acte V, se. vi ; mais, comme ce n'est plus un enfant qui parle. Racine la relève par la grâce particulière et par la nouveauté du tour : *

Nos lévites , du haut de leurs sacrés parvis , Ont conté son enfance au glaive dérobée.

Ont conté son enfance : on ne pouvoit rendre d'une manière plus heureuse cette pensée : ont conté par quels moyens son enfance fut dérobée au glaive. Cette seule expression réveille en même temps l'idée du miracle, celle de l'innocence, et celle des "vetVvik» «çoloxi». ôxwX5i«^pérej d'un prince objet des faveurs du c\e\.

516 ATHALtE.

ZACHARIE

Les jours d'Éliacin seroient-ils tnenacés?

SALOMITH.

Auroit-il de la reine attiré ia colère ?

ZACHARIE

Que craint-t-on d'un enfant sans support et sans père 1

JOSABETH

Ah! la voici. Sortons : il la faut éviter.

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