UNE DES FILLES DU CHOEUR
Quel spectacle à nos yeux timides !
Qui Teût cru qu'on dût voir jamais Les glaives meurtriers, les lances homicides Briller dans la maison de paix?
UNE. AUTRE
D*où vient que, pour son Dieu, pleine d'indifférence ^ Jérusalem se tait en ce pressant danger?
D'où vient, mes cœurs, que, pour nous protéger, Le brave Abner au moins ne rompt pas le silence?
SALOMlTH.
Hélas! dans une cour où l'on n'a d'autres lois
Que la force et la violence.
Où les honneurs et les emplois Sont le prix d'une aveugle et basse obéissance.
Ma sœur, pour la triste innocence
Qui voudroit élever la voix?
UNE AUTRE
Dans ce péril, dans ce désordre extrême,
1 Cette strophe et la suivante ne se trouvent point dans les premières éditions à'Athalie. m On craignit, dit La Harpe,' que la malignité n'en <' fit l'application à Louis XIV, et que les ennemis de l'auteur, qui .< étoient très actifs à profiter de tout, ne se servissent de ces vers t< pour lui nuire. » Cette opinion n'est pas même plausible : ces vers ne furent point retranchés, puisqu^ls n'existoient pas ; ils furent, au contraire, ajoutés par Racine six ans après, dans un temps où les applications étoient plus faciles et plus dangereuses. Il eût été absurde de soupçonner des intentions malignes contre Louis XIVv dans uoie tragédie faite d'après ses ordres, çai un ^o»è\» tau!^»\fe ^«^ \ws'iSQX^<KSk. monnrqne et de madame de Mainteivon, ÎJQ .'^
S56 ATHALIE
Pour qui pré|»are-t-on le sacré diadème?
SALOMITH.
Le Seigneur a daigné parler; Mais ce qu*4 son prophète il vient de révéler, Qui pourra nous le faire entendre ? ' S*anne-t-il pour nous défendre?
S*amie-t-il pour nous accabler?
TOUT ut CHOBUB chaste.
O promesse ! ô menace! ô ténébreux mystère! Que de maux, que de biens sont prédits tour à tour ! * Comment peut-on avec tant de colère Accorder tant d*amour?
UNR VOIX, Mnl«.
Sion ne sera plus : une flamme cruelle Détruira tous ses ornements.
UNE AUTBE VOIX.
Dieu protège Sion : elle a pour fondements Sa parole étemelle.
LA PREMIKBE.
Je vois tout son éclat disparoltre à mes yeux.
LA SECONDE
Je vois de toutes parts sa clarté répandue.
LA PREMIÈRE
Dans un gouffre profond Sion est descendue.
LA SECONDE
Sion a son front dans les cieux.
LA PREMIÈRE
Quel triste abaissement!
LA SECONDE
Quelle immortelle gloire !
LA PREMIÈRE
Que de cris de douleur!
LA SECONDE
Que de chants de victoire < !