‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 375 sur 397 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Mon père, quel moyen de m'acquitter jamais?

JOAD

Gardez pour d'autres temps cette reconnaissance.

Voilà donc votre roi, votre unique espérance. J'ai pris soin jusqu'ici de vous le conserver : Ministres du Seigneur, c'est à vous d'achever. Bientôt de Jézabel*la fille meurtrière, Instruite que Joas voit encor la lumière. Dans rhorreur du tombeau viendra le replonger : Déjà, sans le connaître, elle veut regorger. Prêtres saints, c'est à vous de prévenir sa rage; Il faut finir des Juifs le honteux esclavage. Venger vos princes morts, relever votre loi, Et faire aux deux tribus reconnoltre leur roi. L'entreprise, sans doute, est grande et périlleuse : J'attaque sur son trône une reine orgueilleuse, Qui voit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux De hardis étrangers, d'infidèles Hébreux ; Mais ma force est au Dieu dont l'intérêt me guide ^ . Songez qu'en cet enfant tout Israël réside. Déjà ce Dieu vengeur commence à la troubler. Déjà, trompant ses soins, j'ai su vous rassembler. Elle nous croit ici sans armes, sans défi^nse. Couronnons, proclamons Joas en diligence : De là, du nouveau prince intrépides soldats. Marchons, en invoquant Tarbritre des comliats;

1 Sans la foi de Joad et la puissance divine, son^ntreprise ne seroit pas grande et périlleuse : elle seroit téméraire, insensée; et l'extrême disproportion des moyens avec la fin dépouilleroit l'action de tout intérêt. D'un autre côté, si Ton étoit sûr d'un miracle, il n'y auroit ni terreur ni pitié ; mais l'espérance et la crainte se balancent. On admire Tintrépidité du grand prêtre, parceque sa confiance en Dieu est fondée, sans qu'il ait cependant aucune certitude du succès, puisque les desseins de Dieu sont impénétrables, et qu'il permet souvent le triomphe de l'impie par des raisons inconnues aux mortels. Toute l'action est donc au plus haut degré intéressante et théâtrale. Le poëte, dit Louis Racine, pouvoit mettre mu force est dans le Dieu; il a cru pouvoir dire ma force est au Dieu. Non- seulement Racine a eu raison de le croire, mais il a bien fait de préférer ce d«t\â«t \.wa^^vv».<v\, plus poétique^ et plus dans le génie de YÉct\X\«fe. \0 .\

564 ATHAUE.

Et ré?eiUant la foi dans les cœurs andormie, Jusque dans son palais cherchons notre ennemie.

Et quels cœurs si plongés dans un lâche sommeil. Nous voyant avancer dans ce saint appareil, Ne s^empresseront pas à suivre notre exemple? Un roi, que Dieu lui-même a nourri dans son temple. Le successeur d^Aaron de ses prêtres suivie Conduisait au combat les enfants de Lévi, Et, dans ces mêmes mains des peuples révérées, Les armes au Seigneur par David consacrées ! Dieu sur ses ennemis répandra sa terreur. Dans rinfidèle sang baignez-vous sans horreur ; Frappez et Tyrieus, et même Israélites ^ Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites ^ '

Qui, lorsqu'au dieu du Nil le volage Israël Rendit dans le désert un culte criminel. De leurs plus chers parents saintement homicides, Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides. Et par ce noble exploit vous acquirent Thonneur D*être seuls employés aux autels du Seigneur?

Mais je vois que déjà vous brûlez de me suivre ? Jurez donc, avant tout, sur cet auguste livre 3, A ce roi que le ciel vous redonne aujourd'hui,

1 Ce vers, mal interprété, a fourni des armes aux ennemis de la religion : ils ont dit que Joad parloit en fanatique sanguinaire, qui excite ses prêtres aux massacres des Israélites : ils n'ont pas vu que Joad parle ici en héros prêt à verser son sang pour son Dieu et pour son roi, et que les Israélites qu'il veut que l'on frappe ne sont plus des Israélites, mais des infidèles, des traîtres et des rebelles, des ennemis de leur roi et de leur Dieu. Nulle part le pontife ne déploie un enthousiasme aussi belliqueux ; car il ne veut pas attendre son ennemi dans le temple : il veut l'aller chercher dans son palais. Les historiens latins sont remplis de belles harangues de généraux à leur armée ; aucune n'est plus vive, plus éloquente que ce discoursMe Joad. (G.)

s u Et les enfants de Lévi s'étant tous assemblés autour de lui, il leur dit : Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d'Israël : Quo chaque homme mette son épée à son côté... et que chacun tue son frère, soo ami, et celui qui lui est plus proche. Les enfants de Lévi firent ce que Moïse avoit ordonné. » ^Exorf., chap. xxxii, vers. 26,27 et 28.)

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