‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 376 sur 397 · ACTE lY, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE III

I)e vivre, de combattre, et de mourir pour lui.

AZARIAS

Oui, nous jurons ici pour nous, pour tous nos frères. De rétablir Joas au trône de ses pères, De ne poser le fer entre nos mains remis, Qu'après Tavoir vengé de tous ses ennemis. Si quelque transgresseur enfreint cette promesse. Qu'il éprouve, graud Dieu, ta fureur vengeresse; Q'avec lui ses enfants, de ton partage exclus, Soient au rang de ces morts que tu ne connais plus i !

Et vous, à cette loi, votre règle éternelle, Roi, ne jurez-vous pas d'être toujours fidèle?

JOAS

Pourrois-je à cette loi ne me pas conformer?

JOAD

O mon fils, de ce nom j'ose encor vous nommer. Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes Que m'arracbent pour vous de trop justes alarmes. Loin du trône nourri, de ce fatal honneur, Hélas! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse. Et des l&cbes flatteurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois. Maltresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; , Qu'aux, larmes, au travail le peuple est condamné. Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime : Ainsi de piège en piège, et d'abîme en abîme *, Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté. Ils vous feront enfin haïr la vérité.

la main le livre de la loi, et le déclarèrent roi. Le grand prêtre JoYada l'oignit et le sacra. » [Paral.y 1. II, ch. xxin, vers. 11.)

1 « Comme ceux qui, ayant été blessés à mort, dorment dans les sépulcres, dont vous ne vous souvenez plus. »» (Ps. lxxxvii, vers. 6.)

« Cette rime est vicieuse : on ne doit poVxA. \«:\xfe fvxckRX >û»R:VNX»j«^t avec une brève. [Aead,]

rm ATHALIB.

Vous peindront It fertu sons une affreuse image. Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage ^ .

Proniettei sur ce Uvre et devaut ces témoins. Que Dieu fera toujours le .premier de vos soins; Que, sévère aui méebaiiâ, et des bons le refuge. Entre le pauvre et fous, vous prendrez Dieu pour juge; Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin >, Clomme eux vous fûlas pauvre, et comme eux orphelin'.

JOAS

Je promets d'observer ce que la loi m*ordonne. Mon Dieu, punissez-moi si je vous abandonne.

JOAD

Venez : de T huile sainte il (aut vous consacrer. Paraissez Josabeth : vous pouvez vous montrer !

I Salomon.

* Fénelon semble l'être rappelé ces deax vers, lorsque, dans le livre II de TéUtmaque, il dit: « Quand tu seras le mattre des autres .« hommes, souviens-toi qu« tu as été foible, pauvre et souffrant •« romme eux. »

3 Le charme du style et l'intérêt de la scène ne sauroient aller plus loin. C'est partout un genre d'émotion qui étoit inconnu au théâtre, et qu'on n'y a pas retrouvé depuis. (L.) — Ces vers délicieux à l'oreille, et dont la pensée est si touchante, renferment cependant une faute grave à peine entrevue par Louis Racine, et qui a échappé à tous les autres commentateurs. La Harpe lui-même, ce critique si habile i découvrir les fautes, si ingénieux à faire sentir les beautés dei Bacine, se laissant prendre, comme il le dit, au charme du style, n'a pas vu que le mot eux, répété deux fois dans le dernier vers, ne se rapporte à rien. Et d'abord il ne sauroit se rapporter à pauvre^ qui est au singulier. Puis, lors même qu'on lui donneroit le sens du pluriel, la phrase n'en vaudroit pas mieux, car Bacine n'a pu vouloir dire qdc Joas fût pauvre conune un pauvre. Ici l'harmonie des vers produit l'illusion, et la faute disparott, pour ainsi dire, dans l'intérêt de la scène et dans l'inspiration du poëte.

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