‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 45 sur 397 · ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT, OSMIN

AOOMAT.

Demeure : il n*est pas temps, cher Osmin, que je sorte.

osmif.

Quoi! jasque-là, seigneur, votre amour vous transporte? ITavez-vous pas poussé la vengeance assez loin ? Voulez-vous de sa mort être encor lo témoin ?

ACOMAT

Que veux-tu dite? Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d*un courroux ridicule ^ ? Moi, jaloux* ! Plût au del qu'en me manquant de foi L'imprudent Bajazet n'eût oflTensé que moi !

OSMIN

Et pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre...

ACOMAT

Eh ! ISi sultane est-elle en état de m'entendrez Ne voy<Hs-tu pas bien, quand je Tallois trouver, Que j'allois avec lui me perdre ou me sauver? Ah! de tant de conseils événement sinistre! Prince aveugle ! ou plutôt trop aveugle ministre. Il te sied bien d'avoir en de si jeunes mains',

1 Ridicule ne semble pas fait pour entrer dans le dialogue tragique. Ici c'est une beauté : le poëte ne pouvoit pas mieux faire sentir le profond mépris d'Acomat pour ces ridicule» jalousies d'amour qui viennent, malgré lui, se mêler à de si grands intérêts. Corneille s'est wrvi dn même mot plus heureusement encore, en parlant de ce foudre ridicule que les païens mettoient dans les mains de leur Jupiter : le contraste de/oudre et de ridicule est de génie.

1 Moi, jaloux l dit Acomat; et Orosmane dit aussi : Moi, jaloux! Prràex garde que Tune de ces exclamations est l'excès du dédain, et l'autre le cri d'une ame blessée qui a honte de son mal. Ce sont, avec les mêmes mots, deux genres de beautés tout opposés. (L.)

S Le pôëte n'a pas oublié de séparer son Acomat de toutes ces passions Tulgaires qui se meuvent autour de lui. Ces quatre vers sont admirables : plus le vizir se fait de reproches, plus le spectateur le

Chargé d'ans et d'honneurs, conflé tes desseins, Et laissé d'un vizir la fortune flottante Suivre de ses amants la conduite imprudente !

OSMIN

Hé! laissez-les entre eux exercer leur courroux : Bajazet veut périr, seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère, Sinon quelques amis engagés à se taire ? Vous verrez par sa mort le sultan adouci.

ACOMAT

Roxane en sa fureur peut raisonner ainài i : Mais moi qui vois plus loin, qui, par un long usage. Des maximes du trône ai fait Tapprentissage ; Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans. Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants, Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace Un bomn>e tel que moi doit attendre sa grâce, Et qu'une mort sanglante est l'unique traité Qui reste entre l'esclave et le maître irrité^*.

OSMlN.

Fuyez donc.

ACOMAT

Tapprouvois tantôt cette pensée :

Mon entreprise alors étoit moins avancée; Mais il m'est désormais trop dur de reculer.

Justifie, d'abord parceque le vizir n'a pu faire que ce qu'il a fait; ensuite parcequ'il lui étoit impossible de deviner la conduite insensée de Bajazet. (L.)

1 Tout ce morceau et 'tout le reste de la scène, qui achève de faire de ce quatrième acte un chef-d'œuvre, en mettant le dernier trait au grand caractère d'Acomat, sont d'une conception aussi forte qu'originale : ce sont, il est vrai, des beautés sévères, mais c'en est la perfection; et quel art ne falloit-il pas pour que ces beautés ne parussent pas froides à côté des beautés de passion dont le rôle de Roxane est rempli, et pour que l'un ne nuisît pas à l'autre ! Un seul acte de ce mérite rachèteroit de bien plus grandes fautes que celles qu'il nous u fallu relever. (L.)

2 Vers admirables et profonds, qui expliquent pourquoi dans l'empire ottoman les révoltes des grands sont si fréquentes et si opiniâtres : il n'y a- point de pardon pour le rebelle qui se rend, et le sultan ne traite qu'avec celui qu'il craint. (G.)

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