SCÈNE l
ATALIDE
Hélas! je cherche en vain : rien ne s'offre à ma vue. Malheureuse! Comment piiis-je l'avoir perdue <? Ciel, aurois-tu permis que mon funeste amour Exposât mon amant tant de fols en un jour? Qœ, pour dernier malheur, cette lettre fatale Fût encor parvenue aux yeux de ma rivale? rétois en ce lieu même ; et ma timide main, Quand Roxane a paru, Ta cachée en mon sein. Sa présence a surpris mon ame désolée; Ses menaces, sa voix, un ordre m'a troublée * : Pai senti défiiillir ma foroe et mes esprits : Ses femmes m'eutouroieut quand je les ai repris; A mes yeux étonnés leur troupe est disparue. Ah ! trop cruelles mains, qui m'avea secourue, Vous m^avez vendu cher vos secours inhumains; Et par vous cette lettre a passé dans ses mains. Quels desseins maintenant occupent sa pensée? Sur qui sera d'abord sa vengeance exercée? Quel sang pourra suffire à son ressentiment ? Ah! Bajazet est mort, ou meurt en ce moment.
1 La construction de cette phrase est défectueuse : le pronom ie semble se rapporter au mot vue du vers précédent; tandis que l'auteur veut le faire rapporter au mot lettre, qui se trouve plus bas. Voilà pour la grammaire : quant à la poésie, il nous semble que cette construction, même est un effet de l'art, et qu'elle exprime parfaitement la préoccupation d'Atalide.
> Nous avons déjà remarqué que Racine met quelquefois au singulier un verbe qui ft plusieurs nominatifs; licence que la grammaire ne peut admettre. Voyez acte lY, scène iv. Mais ce vers exprime si bien le trouble d'Atalide, qu'il seroit malheureux de le changer.
Cependant on m^arrète, on me tient enfermée. On ouvre : de son sort je vais être informée.