‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 50 sur 397 · BAJAZET, ROXANE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ROXANE

BOXANE.

Je oe vous ferai point des reproches frivoles : Ijes moments sont trop cbers pour les perdre en paroles. Mes soins vous sont connus : en un mot, vous vivez \ Et je ne vous dirols que ce que vous savez. Malgré tout mon amour, si je n*ai pu vous plaire. Je n^en murmure point; quoiqu*â ne vous rien taire. Ce même amour peut-être, et ces mêmes bi|^n&its, Auroient dû supplt*er à mes foibles attraits. Mais je m^étonne enfin que, pour reconnoissance. Pour prix de taA*t d*amour, de tant de confiance. Vous ayez si longtemps, par des détours si bas. Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas.

Qui? moi, madame?'

BOXANE.

Oui, toi ^ Voudrois-tu point encore Me nier un mépris que tu crois que jMgnore? Xe prétendrois-tu point, par tes fausses couleurs. Déguiser un amour qui te retient ailleurs ; Et me jurer enfin, d*une bouche perfide. Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide?

Atalide, madame! O ciel! qui vous a dit...

t Cette réponse bnuqiie et violente est bien dans le caractère de Roxane, qui vient de reprocher à Bajazet qu'elle Ta laissé wim. (G.l — Quant à la phrase qui suit, voudrois-lu point encore, poUU devoit y être précédé de la négation ne Cest une Uceivce q\ie iiomm:vQn!& cvv occamon d'indiquer dans une note précédente.

ROXANE

Tiens, perfide, regarde, et démens cet écrit.

BAJAZET, après avoir regardé la lettre.

Je ne tous dis plus rien : cette lettre sincère D'un malheureux amour contient tout le mystère ; Vous savez un secret que, tout prêt à s'ouvrir, Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir. J'aime*, je le confesse; et devant que votre ame S Prévenant mon espoir, m'eût déclaré sa llamme, Déjà plein d'un amotir dès l'enfance formé, A tout autre désir mon cœur étoit fermé. Vous me vîntes offrir et la vie et l'empire ; £t même votre amour, si j'ose vous le dire. Consultant vos bienfaits, les crut, et sur leur foi,. De tous'mes sentiments vous répondit pour moi ^. Je connus votre erreur. Mais que pouvois-je faire? Je vis en même temps qu^'elle vous étoit chère. Combien le trône tente un cœur ambitieux ! Un si noble pré^nt me fit ouvrir les yeux. Je chéris, j'acceptai, sans tarder davantage. L'heureuse occasion de sortir d'esclavage, D'autant plus qu'il falloit l'accepter ou périr; D'autant plus que vous-même, ardente à me l'offrir, Vous ne craigniez rien tant que d'être refusée ; Que même mes refus vous auroient exposée; Qu'après avoir osé me voir et me parler, Il étoit dangereux pour vous de reculer. Cependant, je n'en veux pour témoins que vos plaintes, Ai-je pu vous tromper par des promesses feintes? Songez combien de fois vous m'avez reproché Un silence témoin de mon trouble caché :

1 Boileaa et Racine ont employé cette façon de parler devant que : c' étoit une raison pour la conserver ; mais l'aveugle tyrannie de T usage l'a supprimée.

î Ei même votre amour,., consultant vos Inen/aits .' \e sens de ces trois vers se présc9i(te d'abord,- on ne songe pas même à le chercher. Lorsqu'on veut cependant le chercher, on trouve quelque difficulté, quoique la construction soit très nette : « Votre amour, consultant vos « bienfaits, crut qu'ils dévoient m'engager à vous aimer, et vous ré- « pondit pour moi de tous mes sentiments, m (L. R.)

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