‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 51 sur 397 · ACTE V, SCENE IV. RI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV. RI

Plu Teliét de vos toint et ma gloire étoient proches, Plus mon cœur, interdit, se fiidsoit de reproches. Le ciel, qui m'entendoit, stit bien qu*en même temps Je ne m'airêtois pas à des Tonii impuissants; Et si reflet enfin, suivant vaoa espérance. Eût ooyert un cluimp libre à ma reconnoissance, raurois, par tant d^bonneurs, par tant de dignités. Contenté votre orgueil et payé vos bontés, Que vous-inéme peut-être...

lOXAlCB.

Et que poujTois-tu fairt^ ?

Sans Toffre de Um cœur, par où peui-tu me plaire? Quels seioiént de tes voeux les inutiles fruits? Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis? Maîtresse du sérail, arbitre de ta vie, Et même de l*Ëtat, qu*Amurat me confie. Sultane, et, ce qu'en vain j*ai cru trouver en loi. Souveraine d*un cœur qui n*eût aimé que moi : Dansxse comble de glœre où je suis arrivée, A quel indigne honneur m*avois-tu réservée? Tralnerds-je en ces lieux un sort infortuné, Vil rebut d*un. ingrat que j^aurois couronné. De mon rang descendue, à mille autres égale. Ou la première esclave enfin de ma rivale? Laissons ces vains discours ; et, sans m'importuner, Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? J'ai Tordre d*Amurat, et je puis t*y soustraire. Mais ta n*as qu'un moment : parle.

BAJAZXT.

Que £aut-il faire;?

BOXANE.

Ma rivale est ici : suis-moi sans différer; Dans les mains des muets viens la voir expirer ^i Et libre d'un amour à ta gloire funeste. Viens m'*engager ta foi : le temps fera le reste.

1 Racine, dans l'édition de 1676, a très heureusement substitué ce vers terrible au suivant, dont Tidée et Texpression étoient également "épréhensibles :

De ton caitur par te mort Yi«iu me voir assurer. ( 6.) I . 6

Ta grâce est à ce prix, si tu veux Tobtenir.

Je ne raocepterois que pour vous en punir; Que pour faire éclater aux yeux de tout Tempire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire. Mais à quelle fureur me laissant emporter, Contre ses tristes jours vais-je vous irriter! De mes emportements elle n'est point complice. Ni de mon amour même, et de mon injustice ^ : Loin de me retenir par des conseils jaloux. Elle me conjuroit de me donner à vous. En un mot, séparez ses vertus de mon crime . Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime < ; Aux ordres d'Amurat hâtez-vous d'obéir : Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr. Amurat avec moi ne l'a point condamnée : Épargnez une vie assez infortunée.

Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés. Madame; et si jamais je vous fus cher...

ROXANE

♦ Sortez 3.

1 Dans les règles de la grammaire, il faudroit répéter ni, à la place de la conjonction et. (L. B.)

f On poursuit une vengeance, et non pas un courroux. On suit son courroux, parcequ'on s|y laisse entratner ; on poursuit la vengeance, parcequ'on veut l'obtenir. ( L.)

* Ce mot terrible finit parfaitement la dernière scène tragique de cette pièce. La proposition de Roxaue, tout atroce qu'elle est, est conforme au caractère du personnage, à la situation, aux mœurs. Ce nVst pas dans le sérail qu'une femme outragée et trompée épargne sa rivale ; et Roxane, qui a fait l'amour le poignard à la main, doit finir par fraîpper celui qui refuse d'elle le trône et lavie. Bajazet répond d'abord comme il doit répondre ; mais, devenu suppliant un instant après, il rentre dans le rôle j^assif qu'il étoit difficile de ne pas lui donner, mais qui ne peut jamais convenir au héros d'une tragédie. (L.)

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