ACTE V, SCENE IV. RI
Plu Teliét de vos toint et ma gloire étoient proches, Plus mon cœur, interdit, se fiidsoit de reproches. Le ciel, qui m'entendoit, stit bien qu*en même temps Je ne m'airêtois pas à des Tonii impuissants; Et si reflet enfin, suivant vaoa espérance. Eût ooyert un cluimp libre à ma reconnoissance, raurois, par tant d^bonneurs, par tant de dignités. Contenté votre orgueil et payé vos bontés, Que vous-inéme peut-être...
lOXAlCB.
Et que poujTois-tu fairt^ ?
Sans Toffre de Um cœur, par où peui-tu me plaire? Quels seioiént de tes voeux les inutiles fruits? Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis? Maîtresse du sérail, arbitre de ta vie, Et même de l*Ëtat, qu*Amurat me confie. Sultane, et, ce qu'en vain j*ai cru trouver en loi. Souveraine d*un cœur qui n*eût aimé que moi : Dansxse comble de glœre où je suis arrivée, A quel indigne honneur m*avois-tu réservée? Tralnerds-je en ces lieux un sort infortuné, Vil rebut d*un. ingrat que j^aurois couronné. De mon rang descendue, à mille autres égale. Ou la première esclave enfin de ma rivale? Laissons ces vains discours ; et, sans m'importuner, Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? J'ai Tordre d*Amurat, et je puis t*y soustraire. Mais ta n*as qu'un moment : parle.
BAJAZXT.
Que £aut-il faire;?
BOXANE.
Ma rivale est ici : suis-moi sans différer; Dans les mains des muets viens la voir expirer ^i Et libre d'un amour à ta gloire funeste. Viens m'*engager ta foi : le temps fera le reste.
1 Racine, dans l'édition de 1676, a très heureusement substitué ce vers terrible au suivant, dont Tidée et Texpression étoient également "épréhensibles :
De ton caitur par te mort Yi«iu me voir assurer. ( 6.) I . 6
Ta grâce est à ce prix, si tu veux Tobtenir.
Je ne raocepterois que pour vous en punir; Que pour faire éclater aux yeux de tout Tempire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire. Mais à quelle fureur me laissant emporter, Contre ses tristes jours vais-je vous irriter! De mes emportements elle n'est point complice. Ni de mon amour même, et de mon injustice ^ : Loin de me retenir par des conseils jaloux. Elle me conjuroit de me donner à vous. En un mot, séparez ses vertus de mon crime . Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime < ; Aux ordres d'Amurat hâtez-vous d'obéir : Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr. Amurat avec moi ne l'a point condamnée : Épargnez une vie assez infortunée.
Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés. Madame; et si jamais je vous fus cher...
ROXANE
♦ Sortez 3.
1 Dans les règles de la grammaire, il faudroit répéter ni, à la place de la conjonction et. (L. B.)
f On poursuit une vengeance, et non pas un courroux. On suit son courroux, parcequ'on s|y laisse entratner ; on poursuit la vengeance, parcequ'on veut l'obtenir. ( L.)
* Ce mot terrible finit parfaitement la dernière scène tragique de cette pièce. La proposition de Roxaue, tout atroce qu'elle est, est conforme au caractère du personnage, à la situation, aux mœurs. Ce nVst pas dans le sérail qu'une femme outragée et trompée épargne sa rivale ; et Roxane, qui a fait l'amour le poignard à la main, doit finir par fraîpper celui qui refuse d'elle le trône et lavie. Bajazet répond d'abord comme il doit répondre ; mais, devenu suppliant un instant après, il rentre dans le rôle j^assif qu'il étoit difficile de ne pas lui donner, mais qui ne peut jamais convenir au héros d'une tragédie. (L.)