‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 59 sur 397 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

XII^ARÉS, ARBATE.

XIPHARÈS

Ob nous faisoit, Aiinte, un fidèle rapport : Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort. Les Romains, vers TEuphrate, ont attaqué mon père K Et trompé dans la nuit sa prudence ordinaire. Après un long combat, tout son camp dispersé Dans la foule des morts, en fnyant. Ta laissé; Et j*ai su qn*un soldat dans les mains de PomptV Avec son diadème a remis son épée.

Ainsi ce roi qui seul a, durant quarante ans ^ Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants. Et qui, dans TOrient balançant la fortune, Vengeoit de tous les rois la querelle commune,

1 Ce fut près de la ville de Dastire que Pompée surprit Mithridate. et le renferma dans son camp par un rempart de cent cinquante staden de circuit. Mithridate ne le franchit qu'à la faveur des ténèbres, et fut vaincu la nuit suivante. (L. B.)

t Pline nous a conservé, liv. VII, chap. xxxvi, une inscription qui réduit à trente ans la durée de cette guerre contre Mithridate. (6.)

On a observé que les huit ou dix premiers vers de cette pièce sont écrits si naturellement, qu'on pourroit les mettre en prose presque sans y rien changer. Il n'y a que la rime qui fasse apercevoir qu'on lit des vers, et il seroit impossible d'y changer l'ordre des mots. On peut en faire l'essai, et l'on verra que ces vers, à la fois si simples et si nobles, se transformeront en une prose qui ne sera pas même de la prose poétique. (L. R.)

Meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas S Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas.

ARBATE.

Vous, seigneur! Quoi! Tardeur de régner en sa place Rend déjà Xipbarès ennemi de Phamacé^?

XIPHARÈS

Non, je ne prétends point, cher Arbate, à ce prix.

D'un malheureux empire acheter le débris.

Je sais en lui des ans respecter Tavantage;

Et, content des États marciués pour mon partage,

Je verrai sans regret tomber entre ses mains

Tout ce que lui promet l'amitié des Romains.

' ARBATE.

L'amitié des Romains? Le fils de Mithridate, Seigneur? Est-il bien vrai?

XIPHARÈS

N'en doute point Arbate; Fharnace, dès longtemps tout Romain dans le cœur. Attend tout maintenant de Rome et du vainqueur. Et moi, plus que jamais à mon père fidèle. Je conserve aux Romains une haine immortelle. Cependant et ma haine et ses prétentions Sont les moindres sujets de nos divisions.

ARBATE.

Et quel autre intérêt contre lui vous anime ?

XIPHARÈS

Je m'en vais t'étonner : cette belle Monime, Qui du roi notre père attira tous les vœux. Dont Pharnace, après lui, se déclare amoureux...

ARBATE.

Ué bien, seigneur?

» Tout lecteur curieux d'étudier la période poétique fera sans doute attention à ce mot meurt, qui, après quatre vers imposants, tombe si juste au commencement du cinquième, et le coupe, en formant une césure qui force l'oreille de s'y arrêter. (L.)

s Arbate ne répond pas directement à ce que vient de dire Xipbarès ; c'est une faute contre la justesse du dialogue, que La Motte-Houdard a fort bien remarquée. Arbate ne devoit pas interpeller Xipbarès, et le soupçonner d'être ennemi de son frère par ambition. ( G.)

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