ACTE I, SCENE I. KC
XiraABES.
Je Taime, et ne veux piu> m'eu taire. Puisque eofin pour rival je n*ai plus (|ue mou fri>n> K Tu oe Tatlendois pas, sans cloute, à ce disctiurs : Mais ce n*est point, Artiatc, un secret de deux jours -. Cet amoar s*est longtemps accru dans le silence. Que n*en pais-je à tes yeux marquer la violence. Et mes premiers souirirs, et mes derniers ennuis '^ ! Mais, en Tétat funeste où nous sommes fiMluits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te çuiBse donc, |K>ur me justiiier, , Que je vis, que j'aimai la reine le premier^; Que mon père ignoroît jusciu'au nom de Monimc Quand je conçus pour elle un amour légitime. Il la vit. Mais au lieu d'offrir à ses l)eautés Un hymen, et des vœux dignes d'ôtre écouti's. Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire. Elle lui céderoit une indigne victoire.
Tu sais par quels efforts il tenta su vertu ; Et que, lassé d'avoir vainement combattu •'.
I Le spectateur reçoit presque à chaque vers une instruction nouvelle : i peine connolt-il les caractères différents des deux frères, qu'il apprend leur rivalité. C'est là le mérite essentiel d'une bonne exposition : jamais le sujet n'y est trop tôt expliqué. (G.)
t Un 90ret de deux jours : voilà de ces familiarités de diction que les critiques n'ont pas manqué de relever, et qui se font d'autant plus remarquer que l'élégance du style est plus continue.
S L'opposition des premiers et des derniers est peu digne de l'auteur. Louis Racine pense que ce vers ne se lie pas assez bien avec kprécédent ; mais il ne dit rien sur ces expressions vraiment condamnables : marquer aux yeux, et marquer aux yeux des soupirs. (G.l
* Cette circonstance essentielle excuse l'amour de Xipharès, le rend intéressant, et conserve à ce fils de Mitbridate un caractère honnête et vertueux, lors même qu'il est le rival de son père. (G.)
s La Harpe dit que ce vers n'a point de césure, parcequ'il n'y u aucune raison de s'arrêter après l'auxiliaire avoir. Louis Racine avoit fait la même observation. Il se pourroit cependant que le poëte eût eu l'intention de placer le repos après le mot lassé , afin de donner plus d'énergie à la phrase. On sait que cette licence est quelquefois permise, et que, bien employée, elle devient une beauté.
104 MITHR[DATE.
Absent, mais toujours plein de son amour extrême,
Il lui fit par tes mains porter son diadème.
Juge de mes douleurs quand des bruits trop certains
M'annoncèrent du roi l'amour et les desseins;
Quand je sus qu*à son lit Moni me réservée
A voit pris avec toi le chemin de Nymphée ^ !
Hélas! ce fut encor dans ce temps odieux
Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux ;
Ou pour venger sa K>i par cet hymen trompée,
Ou ménageant pour moi la faveur de Pompée,
Elle trahit mon père, et rendit aux Romains
La place et les trésors confiés en ses mains.
Quel devins-je au récit du crime de ma mère î
Je ne regardai plus mon rival dans mon père ;
J'oubliai mon amour par le sien traversé :
Je n'eus devant les yeux que mon père offensé.
J'attaquai les Romains ; et ma mère, éperdue,
Me vit, en reprenant cette place rendue,
A mille coups mortels contre eux me dévouer *,
Et chercher, en mourant, à la désavouer.
L'Euxin, depuis ce temps, fut libre, et l'est encore ;
Et des rives de Pont aux rives du Bosphore,
Tout reconnut mon père ; et ses heureux vaisseaux
N'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux.
Je voulois faire plus : je prétendois, Arbate,
Moi-même à son secours m'avancer vers l'Euphrat^
Je fus soudain frappé du bruit de son trépas.
Au milieu de mes pleurs, je ne le cèle pas,
Monime, qu'en tes mains mon père avoit laissée,
Avec tous ses attraits revint en ma pensée.
Que dis-je? en ce malheur je tremblai pour ses jours;
1 Ce n'est pas sans dessein qu'on nomme ici Nymphée : c'est le nom de la ville dans l'enceinte de laquelle l'action se passe. Nymphêr ne rime pas avec réservée. (G.)
t Contre eux est inutile. On en peut dire autant du mot rendue dans le Vers précédent. ( G.) — Six vers plus haut : quel devins-je, pour que devins-je. Cette locution étoitsans doute en uisage du temps de Racine, car aucun critique contemporain ne l'a relevée. Toutes les éditions publiées pendant la vie de l'auteur portent quel devins-je.