SCÈNE II
MONIME, XIP1I.\KÈS.
MUXIME.
Seigneur, je viena à vous : car enfin aujounPhui -, Si vous nrabaudonnez, quel sera mon appui? Sans parents, sans amis, d(*s:ol('e et CRiiiitive, Reine longtemps de nom, mais en e(Tet captive, Et veuve maintenant sans avoir eu irê|N)u\, Seigneur, de mes mallieurs ce sont 1» les plus doi.x. Je tremble à vous ntmnncr reniienii iiui m'opprime * : Tespëre toutefois qu'un ctrur si nra^nanime Ne sacrifiera point les pleurs des mallienivux Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux.
l De quoi s'agil-il jusqu'ici! De savoir si XiphanM l'emportera &iir Plimniace aaprès de Monime, que l'on ne < onnoit encore (|ue comme une des maitresses de leur père. CVrtcM, ce n'iHi pas là ce qu'un attend du début d'une tragt'*div ((ui porte lu nom de Mithridalt Le reste de cet acte ne nous offrira qu'une rivuHte de deux jeunes princes, dont les amours et lo caractère n'ont encore rien qui puisse nous y attacher beaucoup. Tout ce commencement m'a toujours paru très foible: sans le nom de Mithridate. rien ne seroit ici au-dessus du comique noble ; mais dès qu'il paroitra, il relèvera tout, et Racine mtombe poM longtemps, [h.)
s L'arrivée de la reine produit un grand effet, parceque le spectatcor aime déjà sa vertu, et qu'il est impatient de savoir quels sont ses sentiments à l'égard des deux princes. On a demandé pourquoi Mo- Bime Tenoit elle-même trouver Xipharès ; on a trouvé cett .- démarche peu convenable à son sexe : le péril de Monime et sa situation présente répondent à cette observation. Corneille auroit pu tracer le portrait de Mitbridate ; mais ce portrait de Monime n'appartenoit qu'au pinceau de Racine ; il n'a point de rival dans l'art de tracer ces figures aagéliquoa, où l'héroïsme de la vertu relève la pudeur, la timidité, la délicatesse. La plupart de ses héroïnes ont la physionomie céleste des • Tiergcs de Baphaël ; leurs traits , leurs proportions, offrent tonte la noblesse et toute la perfection du style grec. (G.)
%'Jt tremble a vous riommer, on diroit maintenant >8 tremble de.
Vous devez à ces mots recoonoltre Pharnace : C*est lui, seigneur, c'est lui dont la coupable audace Veut, la force à la main, m'attacher à son sort Par un hymen pour moi plus cruel que la mort. Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née! Au joug d'un autre hymen sans amour destinée, A peine suis-je libre et goûte quelque paix, Qu'il faut que je me livre à tout ce que je hais. . Peut-être je devrois, plus humble en ma misère, Me souvenir du moins que je parle à son frère * : Mais, soit raison, destin, soit que ma haine en lui Confonde les Romains, dont il cherche l'appui,
, Jamais hymen formé sous le plus noir auspice * De l'hymen que je crains n'égala le supplice. £t si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir, Si je n'ai plus pour moi que mon seul désespoir, Au pied du même autel où je suis attendue,
' Seigneur, vous me verrez, à moi-même rendue. Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser. Et dont jamais encor je n'ai pu disposer 3.
XIPHARÈS
Madame, assurez-vous démon obéissance; Vous avez dans ces lieux une entière puissance : Pharnace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.
1 Quelle grâce touchante, quel art et quel charme de style daifs ce discours de Monime ! Avec combien d'adresse elle excuse sa haine contre Pharnace 1 Comme elle flatte, sans le savoir et sans paroître s'en douter, tous les sentiments les plus chers au cœur de Xipharts ! Quelle situation délicate et intéressante ! Enfin que de naturel et de simplicité dans sa douleur ! Quelle mesure dans le dessein qu'elle annonce de se donner la mortl ce n'est point ime menace fastueuse : c'est le désespoir d'un cœur noble et généreux. (6.)
S Quand ce mot est au figuré, comme sous vos auspices pour sous votre pnotectton, il n'a point de singulier. Il en a un quand il est, , comme ici, au propre, pour augurium, (L. R.)
8 Ce vers est ici Jeté adroitement; il prépare à une déclaration, à un aveu, puisque enfin, il y a Picore de tout cela dans cette pièce ; mais les gradation! sont observées. (L.)