ACTE II, SCENE III. iri
Qoe pouToit la valear dans ce trouble funeste ^ ! Les uns sont morts, la fuite a s:iutô tout le reste; Et je ne dois la vie, en ce commun enhii, Qa*au bruit de mon trépas que je laisse apn>s moi. Quelque temps inconnu, j'ai traverse'' le Phase; Et de là, pénétrant jusciu'au pic<l du Caucase, Bientôt dans des vaisseaux sur TEuxiu prqmrcs, Tai rejoint de mon c:imp les n^stes s(''pan>s. Voilà par quels malheurs |)0uss4'> dans le Bosphore, JTy trouve des malheurs qui m'atteiidoient encore. Toujours du même amour tu me vois enflamme : Ce cœur nourri de sang, et de guerre aframé ',
M s'ils eussent été tout auprès d'eux, ils leur lançoicnt leurs dards et M javelots, dont ils n*assenoicnt pcrsonno, pour ce qu'ils i-toiont trop
- loin. Ce que voyant les Romains, leur cournrt'nt sus, avec grands u cria : mais les Barbares ne les ost-rcnt attendre ; ains s'effroyèrent, u et leur tournèrent le dos, en fuyant à val de route, là où il en fut fait •* une grande boucherie : car il y en eut de tuez là plus de dix mille,
- et fut leur camp mesme pris. Quant à Mithridatvs, il fendit la presse « des Romains dès le cummcncenient de la n\i>ï<lée, avec bien environ u huit cents chevaux, et passa outre : mais incontinent ses gens « s'écartèrent, les uns de ça, les autres de là, en manière qu'il se
- trouva seul avec trois autres, i* | Vie rie Pomper, rhap. ix.\
' Mes soldats, les rangs, le désordre^ les cris, l'horreur : tous ces nominatifs devroient être suivis d'un verbe, et le sont d'une exclamation :
Qne pouroit la valeur dan* ce trouble fiiiieitti' !
Cette hardiesse produit un grand effet. Nous vn avons déjà remarqué un exemple dans la description que fait Bérénice de l'apothéose de Vespasien. Quant à la construction grammaticale, l'esprit supplée facilement ces mots sous-entendus, figurez-vous, représentez-vous, et la phrase devient plus vive par cette ellipse, sans être moins correcte. La Harpe remarque que l'ellipse est en général un des moyens les plus féconds pour imiter les divers mouvements de l'ame, qui doivent être ceux du discours.
î Mithridate est un vieillard amoureux et jaloux ; mais avec quel art le poëte a su ennoblir cet amour et cette jalousie ! Le roi de Pont se reproche à lui-même cette passion malheureuse, et son amour est tragique et terrible parcequ'il fait craindre pour la vie de son fils. D'ailleurs la richesse et l'énergie du style sufliroicnt seules pour ennoblir la passion de Mithridate : Nourri de sang, et de guerre affamé;
Malgré le faix des ans et du sort qui m'opprime, Traîne partout Tamour qui l'attache à Monime ; Et n'a point d'ennemis qui lui soient odieux Plus que deux fils ingrats que je trouve en ces lieux.
ABBATE
Deux fils, seigneur?
MITHBIDATEl
Écoute. A travers ma colère, Je veux bien distinguer Xipharès de son frère : , Je sais que de tout temps à mes ordres soumis, Il hait autant que moi nos communs ennemis; Et j'ai vu sa valeur, à me plaire attachée, Justifier pour lui ma tendresse cachée * ; Je sais même, je sais avec quel désespoir, A tout autre intérêt préférant son devoir, Il courut démentir une mère infidèle.
Et tira de son crime une gloire nouvelle; Et je ne puis encor ni n'oserois penser Que ce fils si fidèle ait voulu m'offenser. Mais tous deux en ces lieux que pouvoient-ils attendre? L'un et l'autre à la reine ont-ils osé prétendre ? Avec qui semble-t-elle en secret s'accorder? Moi-même de quel œil dois-je ici l'aborder? Parle. Quelque désir qui m'entraîne auprès d'elle. Il me faut de leurs cœurs rendre un compte fidèle *. Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'as-tu vu? Que sais-tu? Depuis quel temps, pourquoi, comment t'es-tu rendu ?
ABBATE
Seigneur, depuis huit jours l'impatient Pharnace
quelle poésie! Malgré le faix des ans, traîne partout l'amour; quelles images! Tout est beau, tout est noble avec' cette force d'expression. (G.)
1 Ma tendresse cachée est bien remarquable. Il n'y a que Mitliridate qui soit assez profondément dissimulé pour cacher à ses enfants même la tendresse qu'il a pour eux. (L.)
* Mauvaise construction : il me faut rendre signifie dans cette phrase il faut que je rende, et Racine veut d^re au contraire : il faut que tu m« rendes. Deux vers plus bas, le même mot est répété avec un autre sens : comment t'es-iu rendu. Tout cela est très négligé.