‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 77 sur 397 · ACT£ II, SCENE III. V · texte numérisé non relu

ACT£ II, SCENE III. V

Aborda le premier tu pied de cette place * ;

Et de TOtre trépas aotorisint le bruit.

Dans ces murs aussitôt Touliit ^tre introduit.

Je ne m*arrètai point à ce bruit ténu'rairei

Et je n^écoutois rien, si le prince sou fn'To,

Bien moins par ses discours, seigneur, que par ses pleurs.

Né m^eût en arrivant confirmé vos malheurs.

Enfin que firent-ils?

ARBATE.

Phamace eutn>it h poino, Qu*il coamt de ses feux entretenir la reine. Et s^oflrit d*assurer, par un hymen pnichaiii. Le bandeau qu^elle avoit reçu de votre main.

Traître! sans lui donner le loisir de rt!>pandre ' Les pleurs que son amour auroit dus à ma cendre! Et son frère?

ARBATE.

Son frère, au moins jusqu'à ce jour.

Seigneur, dans ses desseins n'a point mar(|ué d*amour, Et toujours avec vous son cœur d'inteiligence Va semblé respirer que guerre et que vengeance.

Mais encor, quel dessein le condiiisoit ici ?

ARBATE.

Seigneur, vous en serez tôt ou tard éclairci.

Parle, je te Tordonne, et je veux tout apprend i*e.

1 L'exactitude grammaticale dcmandcroit ext abordé, et nou pas aborda. On diroit bieu, il y a huit jours que Phamace aborda; mais il faut dire : depuis huit jours il est abordé. (G.)

S Shakspear, ayant à rendre une idée toute semblable, fait dire à son Hamlet : sans avoir eu seulement le temps d*user les souliers qu'elle portait à l'enterrement de son mari. C'est la différence qui se trouve d'ordinaire entre la nature de Shakspear et celle de Racine. Auasi des critiques profonds appellent-ils la première une nnlurr vierge. (L.)

ABBATE

Seigneur, jusqu'à ce jour ce que j'ai pu comprendre S Ce prince a cru pouvoir, après votre trépas, Compter cette province au rang de ses États; Et, sans connaître ici de lois que son courage, II venoit par la force appuyer son partage.

Ah ! c'est le moindre prix qu'il se doit proposer, Si le ciel de mon sort me laisse disposer. Oui, je respire, Arbate, et ma joie est extrême : Je tremblois, je Tavoue, et pour un tils que j'aime. Et pour moi, qui craignois de perdre un tel appui, Et d'avoir à combattre un rival tel que lui. Que Pharnace m'offense, il offre à ma colère Un rival dès longtemps soigneux de me déplaire. Qui toujours des Romains admirateur secret. Ne s'est jamais contre eux déclaré qu'à regret ; Et s'il faut que pour lui Monime, prévenue, Ait pu porter ailleurs une amour qui m'est due, Malheur au criminel qui vient me la ravir, Et qui m'ose offenser et n'ose me servir! L'aime-t-elle?

ARBATE.

. Seigneur, je vois venir la reine

Dieux, qui voyez ici mon amour et ma haine. Épargnez mes malheurs; et daignez empêcher ^ Que je ne trouve encor ceux que je vais chercher! Arbate, c'est assez : qu'on me laisse avec elle.

1 Pour que cette phrase fût régulière, il faudroit : Ce que j'ai pu comprendre, c'est que ce prince, etc., ou, d'après ce que f ai pu comprendre, ce prince, etc.

2 Épargnez ma douleur est une phrase commune. Épargnez mes malheurs est de la véritable élégance, de celle des grands écrivains : mais combien elle a peu déjuges! (L.)

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