‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 94 sur 397 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MITIIRIDATE.

Je ne le croirai point? Vain es|)oir qui me flalle! Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridato! Xipharès mon rival? et, d'accord avec lui, I-a reine auroîl osé me tromi>er aujourd'hui?

crnelle de Pharnace. Xipharès n'a rien dit : c'est Arbate qui a rcvtlr à Mithridate l'amour de Pharnace pour Monime ; mais Pharnace, jugeant de son frère par lui-même, croit et doit croire que Xii)hartK la trahi. (G.)

t La grammaire demande payiez : les poêles doivent éviter d'employer les vers dans ce temps et dans ce mode. Toutes les éditions faites pendant la vie de Racine portent payez à l'indicatif. Si l'indicatif est contraire à l'exactitude rigoureuse, du moins il ne nuit i)as à l'hafmonie. Les éditeurs qui depuis ont voulu réformer Racine ont mis payiez : c'est corriger une faute par une faute plus grande. (G.)

Quoi î de quelque côté que je tourne la vue, La foi de tous les cœurs est pour moi disparue I Tout m'abandonne ailleurs! tout me trahit ici I Pbarnace, amis, maîtresse ; et toi, mon fils, aussi î Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce... Mais ne coftnais-je pas le perfKje Pharnace? Quelle foiblesse à moi d'en croire un furieux Qu'arme contre son frère un courroux envieux, Ou dont le désespoir, me troublant par des fables, Grossit, pour se sauver, le notnbre des coupables î Non, ne l'en croyons point! et sans trop nous presser. Voyons, examinons. Mais par où commencer? Qui m'en éclaircira? quels témoins, quel indice?... Le ciel en ce moment m'inspire un artifice. Qu'on appelle la reine. Oui, sans aller plus loin, .le veux l'ouïr: mon choix s'arrête à ce témoin. L'amour avidement croit tout ce qui le flatte. Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate? Voyons qui son amouf accusera des deux *. S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux. Trompons qui nous trahit: et, pour connaître un traître. Il n'est point de moyens... Mais je la vois paraître : Feignons; et de son cœiir, d'un vain espoir flatté. Par un mensonge adroit tirons la^vérité.

1 On est 4'accord depuis longtemps sur le petit artifice dont se sert Mîthridate pour arracher le seéret de Monime : ce ne seroit pas même une excuse suffisante, que la conformité naturelle du moyen avec la dissimulation naturelle du roi de Pont. C'est assez que ce moyen convienne à l'Harpagon de Molière, pour que le Mithridate de Kacine ne doive pas y descendre. La véritable excuse, celle qui ne détruit pas h* défaut, mais qui en sauve l'efTet, c'est que la scène produit de la terreur, et qu'à ce mot,

Seigneur, vous changez de visage!

le spectateur frémit. Cette apologie est la même que celle de Néron ; elle est valable, et doit être admise. Quand l'effet relève le moyen, l'un justifie l'autre, à moins que le moyen ne soit hors de la raison et de la nature ; car jamais rien de faux n'est excusable. Il vaudroit encore mieux, sans doute, n'avoir besoin d'aucune esi>èce de justification ; et c'est encore Racine qui a le plus souvent cet avantage. (L.)

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