ACTE I, SCENE IV. i
FIITETTE.
Quoi ! VOUS ambitieux ! Je vois qu'un philosophe Est fait comme un autre homme , et de la même étoffe. Et qu'avez-vous donc fait de ces beaux sentiments Que vous nous étaliez, Monsieur, à tous moments? « Le comble, disiez-vous, de toutes les foiblesses, « C'est de ne point guérir de la soif des richesses, a Que cette hydropisie a fait de malheureux ! a Mais, pour moi , ma fortune a surpassé mes vœux; « Un trésor de vertus est le seul oîi j'aspire , « Et mon cœur, pour l'avoir, céderoit un empire.» Et zeste , si quelqu'un vou^ pouvoit prendre au mot, Vous diriez : serviteur , je ne suis pas si sot.
ARISTE
Tu te trompes. Je suis dans les mêmes maximes, Mais je sais leur donner des bornes légitimes ; Et je serois maudit un jour par mes enfants. Si j'étois philosophe à leurs propres dépens. Il ne faut rien outrer , quand on veut être sage : Je dois leur ménager un puissant héritage.
FINETTE
Ce motif est louable , il faut vous y tenir. Mais messieurs vos enfants sont encore à venir; Peut-être viendront-ils. Cependant
ARISTE
Quoi !
FINETTE
J'augure Que vous n'aurez jamais grande progéniture.
ï6 LE PHILOSOPHE MARIÉ.
ARISTE
Mais je n'ai pas trente ans. A mon âge, je crois....
FINETTE
On dit qu'on n'a jamais tous les dons à la fois , Et que les grands esprits, d'ailleurs très-estimables , Ont fort peu de talent pour former leurs semblables.
ARISTE
Finette a de l'esprit, et s'en sert joliment : Il faut faire réponse à son doux compliment On souffre un temps les airs d'une fille suivante , Que trop de bonté gâte , et rend impertinente : Elle offense, elle aigrit sans s'en embarrasser; Un jour elle conclut par se faire chasser. Je pense que Finette est assez .raisonnable Pour prendre en bonne part cet avis charitable , Et pour en profiter avec attention , Sinon , gare l'instant de la conclusion !
FINETTE
Ce conseil aigre-doux mérite une réplique. Je vois qu'un philosophe est mauvais politique, Puisqu'il n'observé pas que c'est être indiscret , Que de chasser quelqu'un qui sait notre secret ; Surtout si ce quelqu'un est d'un sexe qui penche Au plaisir de jaser, et d'avoir sa revanche.
ARISTE
Ta réplique est très-juste; et les maîtres prudents Doivent, au poids de l'or, payer leurs confidents.
( Il lui dpnne de rargenl. )
Voici pour t'apaiser, et t'imposer silence.