ACTE I, SCENE II
Nous ne nous piquons point de vos hautes sciences, Ni de tout le fatras de vos expériences. Nous laissons disputer Descartes et Newton , Et nous étudions Épictète , Platon , Sénèque. La morale est notre objet unique, Notre savoir consiste à la mettre en pratique ; Plus savants en cela, si nous réussissons. Que nous ne le serions en suivant vos leçons , Qui ne mènent à rien, qu'à bâtir des systi^mes , Â calculer sans fin , à former des problèmes , Purs galimatias. Adieu. Sondez vos cœurs , Laissez là votre algèbre , et devenez meilleurs.
(Les Savi^U »ç retirent.) LISIDOR, à Polémon, Ini montrant Damis.
N*est-çe p^s là Damis? Je crois Je reconnoître.
POL^MON
Oui, l'ami de Léandre, et presque aussi son maître; Car c'est lui qui le gâte et 1© tourne à son gré, Et c'est, à mon avis-, un $agé bien outré.
LISlbOR, àPolémon.
Ces savants quelquefois donnent ïa comédie.
POLÉMOIf.
Trop souvent, et j'en ai la cervelle étourdie.
LISIDQIt.
Cet homme est bien rêveur ! .
pOhÉMON,
Il OQUftvpit sans nous voir*
DAMIS, les apercevant.
Ah! Messieurs, pardonne»; je $uii au d<ésesppir
iga LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Que ma distraction....
LISIDOR.
Dans votre rêverie Peut-on vous interrompre un instant, je vous prie?
POLÉMOir.
Je veux avec mon fils avoir un entretien : A quoi s'occupe-t^il présentement?
DAMIS
A rien.
Entouré de savants, il leur donne audience. Pour moi, je lui soutiens que Tunique science Est celle de dompter toutes se^ passions : Qu'un sage borne là ses méditations.
LISIDOR.
Vos sages, à mon sens, sont des visionnaires : Le vrai sage est celui qui songe à ses afiaires, Et non un fainéant....
O quel blasphème affreux !
LISIDOR.
Ce sont nos passions qui nous rendent heureux.
DAMIS
Nos passions? .
LISipÔR.
Sans doute.
DAMIS, en souriant.
Eh ! de grâce , à votre âge, Les sentez-vous encor, pour tenir ce langage?
LISIDOR.
Si je les sens encor ? Plaisante question !