ACTE I, SCENE L
LISIDOR.
S'il rétoit , dès demain il obtiendroit ma fille. Il est d'un caractère à s'en faire adorer.
POLÉMON
Eh bien ! mariona-les*
LISIDOR. '
Pouvez-vous ignorer Qu'on n'a d'égards qu'aux biens en pareille matière ? Votre aîné sera riche , et ma fille héritière ; Voilà de quoi former un ménage parfait.
POLEMON.
Mais s'ils ne s'aiment pas ?
LISIDOR.
Qu'est-ce que cela fait ?
S'épouse-t-on par goût, dans le siècle où nous sommes?
POLÉMON
Démon temps...,
LISIDOR.
Eh ! mon Dieu , vivons avec les hommes ; Suivons le train courant, laissons le temps jadis : La mode est pour les mœurs comme pour les habits. Quand on vivroit encor comme au temps d'Henri quatre ^ On ne pourroit jamais me faire rien rabattre Du bien que je prétends qu'ait mon gendre futur.
POLÉMON
Envers un vieux ami vous vous montrez bien dur. J'ai deux fils : pour l'aîné je sens beaucoup d'estirne, Mais je ne l'aime guère : un vif penchant m'anime En faveur (^u cadet, sans savoir trop pourquoi ; Et, si vous vouliez bien vous entendre avec moi , Nous trouverion§ moyen de faire sa fortune.
LISinOR.
Tout franc, mon vieux ami , ce discours m'importune»
Pour une bonne fois connoissez Lisidor.
Je prétends que ma fille un jour roule sur Tor ,
Et, suivant ce projet, je veux choisir un gendre.
Si j'en connoissois un plus riche que Léandre,
Je le préférerois , je le dis sans façon ,
Et tous les gens sensés diront que j'ai raison;
Mais sachez que ma fille, oui, Glarice elle-même,
Pense comme son père , et c'est pourquoi je l'aime.
POLÉMON
Si jeune, l'intérêt est sa première loi?
LISIDOR.
C'est que je l'ai formée , elle est digne de moi. Elle est vive, étourdie, un peu trop volontaire; Mais elle a de l'esprit , et , dans son caractère , Je ne sais quoi de brusque , un tour original , Qui , comme vous verrez , ne lui sied pas trop mal
POI.EMON.
Je brûle de la voir.
LISIDOR.
Sa tante nous l'amène ; Elles vont arriver.