ACTE I, SCENE VI
MILITE
Devez-vous me blâmer, si je cherche à vous voir? Je contente mon goût , et je fais mon devoir.
ARISTK.
Le devoir d'une femme est d'être complaisante.
MÉLÎTE.
Tranchez le mot, mon cher, dites obéissante. Vous n'aimez d'un mari que son autorité ; Je lui dots imtnoier toute ma liberté.
ARISTB.
Il n'est point question d'un pareil sacrifice. Me traiter de tyran, c'est me faire injustice : J'exige des égards, et non pas des respects; Cachez votre secret par des soins circonspects ; C'est tout ce que je veux de totre complaisance, £t vous obtiendrez tout de ma reconnoissance.
MÉLITE
Vous distraire un moment, est-ce vous offenser?
ARISTE
Si quelqu'un survenoit, que pourroit-il penser?
MÉLITE
Eh, mais ! il penseroit... Après tout, que m'importe?
ARISTE
Ciel ! peut-on de sang-froid m'assommer de la sorte? Que vous importe ! Eh quoi ! pouvcz-vous oublier Le motif qui m'engage à ne rien publier?.... Que dis-je? qui me force à tout mettre en usage Pour ôter tout soupçon de notre mariage ?
MIÉLITE.
Cela ne se peut pas.
ao LE PHILOSOPHE MARIÉ.
ARISTE
Non , si vous en parlez.
MILITE
Pourixioi, je m'asservis à ce que vous voulez. Mais comment empêcher que le monde ne voie?
ARISTE
Tout va se découvrir.
MÉLITE
Que j'en aurpis de joie !
ARISTE
Toujours contrarier!
MÉLITE
Vous avoir pour époux Est un bonheur pour moi si touchant et si doux; Il me flatte à tel point , j'en suis si glorieuse, Que , s'il étoit connu , je serois trop heureuse. Si je suis criminelle en marquant ce désir, Mon crime , je l'avoue , est mon plus grand plaisir.
ARISTE, à part.
Me voilà désarmé pour être trop sensible. L'adresse d'une femme est incompréhensible.
MÉLITjE.
Vous me voulez du mal, et je ne sais pourquoi.
Non; si je suis fâché, ce n'est que contre moi.
MELITE
La raison , s'il vous plaît ?
ARISTE
D'avoir eu la foiblesse De vous croire discrète , et femme de promesse :