SCENE I
LÉANDRE, seul.
Heureusement pour moi , je n'ai point vu Clarice; Tâchons de m aflfermir au bord du précipice Qu'à mes yeux éblouis l'amour va présenter : Si j'en crois ma raison ^ je saurai l'éviter; Si j'écoute mon cœur^ ma chute est iïi&illible. Après six mois d'absence il doit être insensible , Il le doit ; mais au trouble, aux frayeurs qu'il ressent^ Je ne )e vois que trop , le périt est pressant. Enfin j'aimai Clarice;: ont. L'aimerois-je encore? Cela se pourroit bien. Mais pourquoi ? Je l'ignor^. Comment puis-je Taimer ? je ne l'estime pas. Qu'importe ? C'est le cœur qui juge des appas : Qtt%nd il a déddé, la raison a beau dire, Il ne peut résister à l'aimant qui l'attire.
Si , malgré h raison , Tamour séduit le cœur, L'amour est donc l'efFet d'*une aveugle fureur. Très-aveugle, il est vrai; mais la philosophie Saura m'en préserver! Malheur à qui s'y fia ! En vain contre les sensr €i\le élève sa voix : L'amour, c'est la nature, elle exerçâmes droits. Le plus grand ignorant, le plus^ grand philosophe. Tout biso; qoosidér^,. 9ont de la même étoffe :
ao8 LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
En quoi diffèrent-ils? L'un tombe aveuglément; L'autre, les yeux ouverts, tombe aussi lourdement. Comment pourrai-je donc éviter ma défaite ? Il faudra batailler. J'ai goûté la retraite ; Opposons ses douceurs aux charmes de l'amour. Clarice a des défauts, mettons-les au grand jour; A les faire éclater employons notre adresse ; Et surtout voyons-les des yeux de la sagesse. L'amour me les cachoit; elle les grossira; Et peut-être qu'enfin elle me guérira.