‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 148 sur 350 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

LÉANDRE

Est-ce qu'on se marie aussi subitement?

LISI]>OR.

C'est la bonne méthode.

LÉAWDRE.

Elle est impertinente.

L'affaire la plus grave et la plus importante Qu'on puisse avoir jamais, se conclut-elle ainsi?

LISIDOR.

Et d'où venez-vous donc ? Vous n'êtes pas d'ici , Je crois. Vous êtes riche aussi-bien que ma fille ; C'est tout : le reste n'est qu'une pure vétille.

LÉANDRE

oh bien! ce reste-là , que vous méprisez tant, Suivant ce que je pen^e , est le plus important. Il faut que les esprits , les mœurs , les caractères Se conviennent.

LISIDOR.

Parbleu , voilà bien des mystères !

LlÉAIfDRE.

Je veux avoir le cœur en recevant la foi : Pour l'article du bien, c'est ma vétille, à moi.

POLÉMOW.

Tout franc, il a raison. Du temps de ma jeunesse On cherchoit le mérite autant que la richesse; Un hymen sans amour paroissoit dangereux. Quand je me mariai, j'étois fort amoureux.

IilSlOOR.

Pour moi , je n'étois point amoureux de ma femme , Lorsque je l'épousai : de plus, la bonne dame II. i4

aïo LES PHILOSOPHES AMOUREUX.

M'aimoit encore moins. Toutefois, en dix ans,

Nous ne laissâmes pas d'avoir nombre d'enfants

Bien conditionnés. Sans se rendre incommode,

Chacun de nous pensoit et vivoit à sa mode.

Nous allions, nous venions , sans nous chercher jamais;

Et voilà le secret d'être toujours en paix.

Mes aïeux , comme moi , respectoient fort les dames;

Mais tous , de père en fils, nous n'aimons point nos femme

Je vois que notre mode a paru de bon sens ,

Car elle a prévalu : c'est la mode du temps ;

Et , jusqu'au bourgeois même , il faut que tout y vienne.

LiANDRE.

Je jure que jamais ce ne sera la mienne.

POLÉMOIf.

Mais tant pis ; car enfin je goûte ses raisons, Et sens qu'on a bien fait d'abréger les façons. Il faut qu'un bon esprit se conforme à l'usage : L'avis du plus grand nombre est toujours le plus sage.

LEAKDRE.

L'avis du plus grand nombre est souvent le moins bon, Et rarement conforme à la droite raison. Mille faux préjugés entraînent le vulgaire. Qui marche aveuglément dans la route ordinaire, Et qui , sans réfléchir sur le parti qu'il prend , Croît ne point s'égarer quand il suit le torrent. Contre les préjugés y un bon esprit en garde , Sur la foi du public jamais ne se hasarde ; De l'exacte raison il consulte la voix; Elle seule l'éclairé et lui dicte des lois. Et que dit la raison touchaatJe mariage?

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