ACTE II, SCENE IL
Que de deux cœurs unis c'est un saint assemblage Que forment de concert l'amour et la vertu. Tel est mon sentiment , aujourd'hui combattu Par l'attrait odieux d'un intérêt sordide. A ce lien sacré, c'est ce dieu qui préside, Et qui fait un commerce infâme et malheureux , De ce qui doit former les plus aimables nœuds.
POLiÉMOîr.
Ma foi , c'est fort bien dit : voilà comme je pense. Vous devez m^obéir, mais je vous en dispense; Car vous êtes , au fond , plus éclairé que nous. Mon grand-père autrefois me parloit comme vouj. Il faut en revenir aux anciennes rubriques.
LISIOOR.
Moi , je méprise fort ces maximes gothiques. Chacun vit pour son siècle et doit s'y conformer. Le beau prédicateur qui veut nous réformer î Ce jargon précieux n'est que pédanterie. Mais qui doit de vous deux commander , je vous prie ?
POLÉMOIf.
C'est moi , sans contredit.
LISIDOR, en soudante
Vous?
POLiÉlfiEON.
N'est-il pas mon fils?
LISIDOR.
Je le crois.
POLEMOir.
Mai$ au fojid, il fait comme je fis
1 a I a LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
I Quand on me proposa de songer à sa mère.
Je devins tout rêveur et je dis à mon père.,.. Écoutez mon histoire , afin d'en profiter ; Je ne mettrai qu'une heure à vous la raconter.
LISIDOR.
Qu'une heure ! Y pensez-vous ? Laissez là votre histoire , Ou je m'en vais.
POLÉMOir.
Tout doux.
LISIDOR.
Croit-on m'en faire accroire?
Tous ces beaux arguments ne sauroient m'imposer. Je soutiens qu'un bon fils ne doit point s'opposer^ Sous des prétextes vains , à ce qu'un père ordonne; Qu'en fait de mariage , il faut qu'on s'abandonne Au choix de ses parents , et surtout au hasard, Qui dans l'événement a la meilleure part, Et qui, le plus souvent, contre toute apparence, Nous conduit mieux cent fois que notre prévoyance.
POLÉMOW.
U est vrai ; je comprends cette maxime-là.
( à Léandre. )
Qu'avez-vous , s'il vous plaît, à répondre à cela?
LÉANDRE
Qu'il faut être imprudent , étourdi , téméraire , Pour commettre au hasard une si grande affaire. Je sais bien qu'aujourd'hui la personne n'est rien, Et qu'il est du bon air de ne songer qu'au bien. Mais un homme d'honneur qui pense, qui raisonne, A peu d'égard au bien, et songe à la personne,