CLARICE, LÉANDRE, CLITANDRE
CLITAITDRE, entrant d'un air empressé.
Ayaitt su, ce matin, que vous veniez ici, J'ai couru, j'ai volé pour m'y trouver aussi, Madame; cependant toute ma diligence N'a jamais pu répondre à mon impatience.
CLARICE
Glitandre , en vérité , vous venez à propos. Je m'ennuie à mourir.
CLITANDRE
Quoi ! les graves propos De ce grand philosophe ont-ils si peu de charmes ? Pour moi , j'en ai conçu les plus vives alarmes. J'ai cru que votre cœur, dès les premiers moments. Ne pourroit résister à tous ses arguments. Rien n'est plus dangereux qu'un argument , Madame ; Cela va droit au cœur , cela chatouille l'âme.
CLARICE
Je n'ai pas le talent d'en connbître le prix. Mais, depuis ce matin, que &it-on à Paris ? Ah ! l'aimable séjour! et que je le regrette ! On ne vît pas ici; je crois être en retraite.
CLITAirPHE.
La pauvre «nfant! Ma foi , viv^^it les gens de cour! Ils savent égayer le plus triste séjour; Mais, avec vosdocteurs, les plus beaux lieux ennuient : Ils arrangent leurs mots, les tournent, les appuient :
aaS LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Ils pensent en parlant, sans jamais se presser; Mais, pour nous, nous parlons avant que de penser.
CLARICE
Voilà le bon esprit , je n'en connois point d'autre.
LÉAWDRE.
Et vous avez raison , c'est justement le vôtre. Voyez ce galant homme, il est tout fait pour vous. Ce seroit de quoi faire un agréable époux !
CLARICE
Mais oui.
CLITANDRE
Le don de plaire est toute ma science.
LÉANDRE
Il est vrai ; vous avez cet air de confiance ,
De bonne opinion , qui charme une beauté :
Rien n'est si séduisant que la fatuité.
Les femmes du grand air vont vous mettre à la mode.
CLARICE, à Léandre.
Vous ne feriez point mal de suivre sa méthode. Il n'a pas, comme vous, l'air grave, singulier; Rien ne lui manqueroit , s'il étoit héritier.
CLITANDRE
oh ! je le deviendrai ; n'est-il pas vrai , mon frère? Vous avez de grands biens , et ne savez qu'en faire. Le monde vous ennuie, et vous l'ennuyez fort; Si vous n'y renoncez , vous aurez très-grand tort.
LÉANDRE
c'est à quoi je pensois : tous les fous me chagrinent , Et , malheureusement /ce sont eux qui dominent: