ACTE III, SCENE III. aSg
DAMIS
Vous m'enchantez, Madame; et quoiqu'on pût penser Que je n'ai pu vous voir, vous parler, vous connoître Sans vous donner mon cœur, j'en suis encor le maître, Et le serai toujours , malgré tous vos appas : Mais j'aurai beau le dire , on ne m'en croira pas.
ARTÉiyiCE.
La chose cependant est assez vraisemblable.
DAMIS
Et moi , je vous soutiens que rien n'est moins croyable* Vous voir sans vous aimer est le dernier effort De la sagesse humaine , et je crains qu'un transport...
ARTiKICE.
Ne craignez point TefTet d'un trop foible mérite.
BAMIS.
' Il n'a que trop de force , et c'est ce qui m'irrite. Heureusement pour moi j'ai su m'en garantir. Mais ce n'est pas sans peine, à ne vous point mentir.
ARTJÉiriCE.
L'apparence souvent peut tromper le plus sage. Une folié jeunesse est tout mon apanage.
DAMlS.
Je puis, sans vous fâcher, dire que vous mentez.
ARTÉiyiCE, en riant.
Comment donc?
DAHIS.
Vous avez toutes les qualités De l'âge le plus mûr, jointes à la jeunesse. Oui , chez vous la beauté fait valoir la sagesse ;
24o LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
La sagesse chez vous fait valoir la beauté, Et tout conspire en vous contre la liberté. Ce n'est pas tout encore ; et votre modestie , Pour vous mieux relever se met de la partie. Ah, traîtresse!
ARAMIUTTE.
Eh, bon Dieul d'où vous vient ce courroux?
Je suis tout hors de moi.
ARAMINTE
De quoi vous plaignez-vous?
ARTJÉNICE.
Oui.
DAMIS
C'est un attentat que d'être trop aimable : Je prévois que d'un meurtre elle sera coupable.
(Léandre entre sur le théâtre, et écoute sans être aperçu.)
Mon cœur.... non, mon ami ne pourra résister Au mérite étonnant qu'elle fait éclater.
ARAMIIfTE.
Léandre? On le destine à ma nièce Clarice.
DAMIS
Il est vrai , mais sans doute il adore Arténice.
Son cœur , que la raison avoit rectifié ,
Ce cœur, par mon exemple encor fortifié,
Elle va l'enlever à la philosophie.
C'est là ce qui m'aigrit, ce qui me mortifie.
Verrai-je sans douleur sa défaite aujourd'hui,
Moi qui n'ai jamais fait un faux pas devant lui?