PREFACE
Cette comédie vient d'être reçue si favorablement du public, que je me croirois indigne des applaudissements dont il m'a honoré, si je ne m'efforçois pas de lui en témoigner ma reconnoissance. J'ose lui protester qu'elle est aussi vive que juste. Je ne trouve point de termes qui' puissent l'exprimer, mais pour la faire éclater d'une manière sensible, je promets à ce même public, à qui je suis si redevable, qu'en cherchant à lui procurer de nour veaux amusements, je n'épargnerai ni soins, ni travaux , pour mériter la continuation de ses suffrages. Quoique les caractères semblent épuisés, il m'en reste encore plusieurs à traiter. Ce n'est pas que je ne sois très -convaincu des difficultés et des périls de l'entreprise, parce que les caractères les plus faciles et les plus saillants ont déjà paru sur la scène. Mais comme les succès redoublent mon zèle , peutêtre augmenteront-ils mes forces. Ce qui doit au moins m'en faire bien augurer , c'est que mon objet est généralement approuvé. On sait que j'ai toujours devant les yeux ce grand principe dicté par Horace :
Omne tuUt punctum , qui ndscuit utile dulci.
3o8 PRÉFACE,
et que je crois que l'art dramatique n'est estimable, qu'autant qu'il a pour but d'instruire en divertissant. J'ai toujours eu pour maxime incontestable , que , quelque amusante que puisse être une comédie , c'est un ouvrage imparfait et même dangereux, si l'auteur ne s'y propose pas de corriger les mœurs, de tomber sur le ridicule, de décrier le vice, et de mettre la vertu dans un si beau jour, qu'elle s'attire l'estime et la vénération publique, t'ous mes spectateurs ont fait connoître unanimement, et, si je l'ose dire, d'une manière bien flatteuse pour moi , qu'ils se livroient avec plaisir à un objet si raisonnable. Je ne craindrai pas même d'ajouter ici , qu'en m'honorant de leurs applaudissements , ils se sont fait honneur à eux-mêmes. Car enfin , qu'y a-t-il de plus glorieux pour notre nation, si fameuse d'ailleurs par tant de qualités, que de faire aujourd'hui connoître à tout l'univers, que les comédies, à qui l'ancien préjugé ne donne pour objet que celui de plaire et de divertir, ne peuvent la divertir et lui plaire long-temps, que lorsqu'elle trouve dans cet agréable spectacle, non-seulement ce qui peut le rendre innocent et permis, mais même ce qui peut contribuer à l'instruire et à la corriger? Il est donc de mon devoir, en payant au public le juste tribut qu'il attend de ma reconnoissance.