PRÉFACE
de le féliciter sur le goût qu'il fait toujours éclater pour les ouvrages qui ne tendent qu'à épurer la scène, qu'à la purger de ces frivoles saillies , de ces débauches d'esprit , de ces faux; brillants, de ces sales équivoques, de ces fades jeux de mots, de ces moeurs basses et vicieuses, dont elle a été souvent infectée , et qu'à la rendre digne de l'estime et de la présence des honnêtes gens. Il est aisé de voir dans tous mes ouvrages , remplis au surplus d'une infinité de défauts, que c'est uniquement à ces sortes de spectateurs que je me suis toujours efforcé de plaire. Il ne. manque à un objet si légitime, que les talents nécessaires pour y parvenir. Toute la gloire dont je puisse me flatter, c'est d'avoir pris un ton qui a paru nouveau , quoique après l'incomparable Molière, il semblât qu'il n'y eût point d'autre secret de plaire, que celui de marcher sur ses traces. Mais quelle témérité de vouloir suivre un modèle que les auteurs les plus sages et les plus judicieux ont toujours regardé comme inimitable! Il ne nous a laissé que le désespoir de l'égaler : trop heureux, si, par quelque route nouvelle, nous pouvons nous rendre supportables après lui ! C'est à quoi je me suis borné dans mes ouvrages dramatiques; et c'est sans doute à cette précaution essentielle que je dois l'accueil favorable qu'ils ont reçu.
3io PRÉFACE.
Je n'en suis pas moins redevable à l'art des acteurs , qui en ont employé tous les ressorts et toutes les finesses , principalement dans cette dernière comédie , pour signaler leur zèle et leur amitié pour moi. Je leur dois à tous, sans nulle exception , cette justice ; et je la leur rends avec d'autant plus de plaisir, que le public l'autorise par ses applaudissements. M. Qui-
*nault l'aîné, dans le rôle deLycandre, a fait voir qu'il sait se transformer en toutes sortes de caractères; que, quelque différente qu'ils puissent être les uns des autres, ils lui fournissent également une occasion brillante de faire admirer ses talents et son esprit, et qu'il peut se donner le ton , la gravité , les entrailles de père, avec autant de justesse, de précision et de vérité , qu'il s'approprie les saillies , la vivacité, et les grâces d'un jeune homme, quand il est question de les représenter. Quelle estime , quelle vénération , quel amour n'a-t-il point inspiré, pour le malheureux père du comte de Tufière et de Lisette?
Je dois les mêmes louanges à son frère, M. Dufresne , qui a trouvé l'art d'annoncer le caractère du Glorieux, même avant que de prononcer une parole , et par la seule manière
( de se présenter sur la scène. Quelle noblesse dans son port! quelle grandeur dans son air!
V quelle fierté dans sa démarche ! quel art,
PRÉFACE. 3ii
quelles grâces , quelle vérité dans tout le débit du rôle , et quelle finesse , quelle variété dans tous les jeux de théâtre !
Jamais personnage ne fut plus difficile à représenter que celui de Lisette, fille de condition, et femme de chambre en même temps. Être trop comique, c'étoit démentir sa naissance. Être trop sérieuse, c'étoit s'exposera refroidir l'action , et à rendre le personnage en* nuyeux. 11 s'agisoit de trouver un jviste milieu , entre les saillies et les vivacités d'une suivante, et la noble retenue d'une fille de qualité. C'est ce qu'on vient de voir exécuter avec tant de succès , par l'excellente actrice , mademoiselle Quinault, chargée du rôle de Lisette.
Me sera-t-il permis de faire souvenir le public de l'air de confiance , de joie , de naïveté , et des plaisantes brusqueries de Lisimon , ou plutôt de l'acteur judicieux et naturel , M. Duchemin , qui a paru sous le nom de ce bourgeois anobli ? L'extrême plaisir qu'il a fait aux spectateurs, ne me laisse assurément aucun lieu de douter qu'il n'ait beaucoup contribué au succès de mon ouvrage.
Je me ferois encore un devoir bien agréable de faire ici l'éloge de mes autres acteurs, si la crainte d'ennuyer, par un trop long détail, ne mettoit, malgré moi, des bornes à ma reconnoissance.
3ia PRÉFACE.
Après ce juste tribut qu'elle exigeoit de ma plume 9 ce seroit ici l'occasion naturelle d'employer quelques lignes à réfuter la censure de l'auteur, d'une petite comédie , ou plutôt d'un ouvrage qui en usurpe le nom , et qui a paru pendant quelques jours sur le Théâtre italien ( i ). Mais , quoiqu'il me convienne moins qu'à qui que ce puisse être de mépriser mes confrères les auteurs, et que je reconnoisse en eux des talents supérieurs aux miens , je crois pouvoir affecter le silence à l'égard de l'auteur dont il est question : je me dispenserai même de le nommer , pour ne le point tirer de son obscurité , et je lui laisse le champ libre sur un théâtre qui est son unique ressource, et qui est propre à exercer son génie; théâtre qui ne subsiste qu'aux dépens des meilleurs ouvrages, et dont le mérite principal est de les tourner en ridicule , et de les livrer à l'envie et au mauvais goût. Il me suffit que le public ait eu la bonté de suivre ma comédie ; en l'approuvant, il s'est chargé de la défendre et de justifier en même temps les suffrages. Tout ce qu'il me reste à dire maintenant, c'est qu'on me trouvera toujours également disposé à me corriger sur les avis des personnes impartiales, et judicieuses, et à mé-
(i) Polichinelle y comte de Ponfier, parodie de la comédie du Glorieux y donnée au mois de mars 1732,
PREFACE. 3i5
priser les censures de certains petits auteurs étouffés qui tâchent de se donner quelque relief , en attaquant sans mesure et sans discernement tout ce que le public ne juge pas indigne de ses louanges.
PERSONNAGES
LISIMON, riche bourgeois anobli.
ISABELLE, fille de Lisimon.
VALÈRE, fils de Lisimon.
LÉ COMTE DE TUFIÈRE, amant d'Isabelle.
PHILINTE, autre amant d'Isabelle.
LYCANDRE, vieillard inconnu.
LISETTE, femme de chambre d'Isabelle.
PASQUIN, valet de chambre du Comte.
LA FLEUR, laquais du Comte.
M. JO.SSE, notaire.
Un Laquais de Lycandre.
Plusieurs autres Laquais du Comte.
La scène est h Paris y dans un hôtel garni.
.^eé'Kje-.r.
COMÉDIE
'^m.m^^'t%^^^mim/*/^V*/%^'*^^%'m/%'%^/*'%i*/^^>^^'*^^