Acte ii, scène xiv
A Pasquin?
LE COMTE
Je l'ai cru.
LisiMo:Dr.
Tout de bon ? Je parie jQu'un peu de vanité t'a fait croire cela?
LE COMTE
Non ; mais je suis peu fait à ces manières-là.
LISIMOiy.
Oh bien! tu t'y feras, mon enfant. Sur les tiennes, A mon âge, crois-tu que je forme les miennes?
LE COMTE
.Vous aurez la bonté d'y faire vos efforts.
LISIMON.
Tiens, chez moi le dedans gouverne le dehors. Je suis franc.
LE COMTE
Quant à moi j'aime la politesse.
LISIMOK.
Moi , je ne l'aime point ; car c'est une traîtresse Qui fait dire souvent ce qu'on ne pense pas. Je hais , je fuis ces gens qui font les délicats , Dont la fière grandeur d'un rien se formalise , Et qui craint qu'avec elle on ne familiarise ; Et ma maxime , à moi , c'est qu'entre bons amis ^ Certains petits écarts doivent être permis.
LE COMTE
D'amis avec amis on fait la différence.
LISIMON.
Pour moi , je n'en fais point. Mp'^
LE COMTE
Les gens de ma naissance Sont un peu délicats sur les distinctions y Et je ne suis ami qu'à ces conditions.
LISIMON.
Ouais! vous le prenez haut. Écoute, mon cher Comte, Si tu fais tant le fier, ce n'est pas là mon compte. Ma fille te plaît fort, à ce que Ton m'a dit; Elle est riche, elle est belle, elle a beaucoup d'esprit; Tu lui plais; j'y souscris du meilleur de mon âme. D'autant plus que par là je contredis ma femme , Qui voudroit m'engendrer d'un grand complimenteur, Qui ne dit pas un mot sans dire une fadeur. Mais aussi, si tu veux que je sois ton beau-père. Il faut baisser d'un cran , et changer de manière , Ou sinon , marché nul.
LE COMTE, à Pasquin, se levant brusquement.
Je vais le prendre au mot
PASQUIN
Vous en mordrez vos doigts, ou je ne suis qu'un sot* Pour un faux point d'honneur perdre votre fortune!
LE COMTE
Mais si....
Toute contrainte , en un mot, m'importune. L'heure du dîner presse; allons, veux-tu venir? Nous aurons le loisir de nous entretenir Sur nos arrangements; mais commençons par boire. Grand'soif, bon appétit, et surtout point de gloire, C'est i^Wle vise. On est à son aise chez moi;