ACTE III, SCENE III
Ce n'est pas là-dessus que Ton en fait accroire , . Et j'ose nie vanter, sans me donner de gloire (Car je suis ennemi de la présomption), Que si Philinte étoit d'une condition , Et de quelque famille un peu considérable , Nous n'aurions pas sur lui de dispute semblable ^ Et que bien sûrement il me seroit connu. Mais son nom jusqu'ici ne m'est pas parvenu ; Preuve que sa noblesse est de nouvelle date.
VALERE
C'est ce qu'on ne dit pas dans le monde.
LE COMTE
On le flatte.
Par exemple , Monsieur, vous connoissiez mon nom , Avant de m'avoir vu?
VALÈRE
Je vous jure que non.
LE COMTE
Tant pis pour vous , Monsieur ; car le nom de Tufière, ^
Nous ne le prenons pas d'une gentilhommière, ,
Mais d'un château fangeux. L'histoire en cent endroits
Parle de mes aïeux, et vante leurs exploits. *
Daignez la parcourir, vous verrez qui nous sommes, ^^\
Et qu'entre mes vassaux j'ai trois cents gentilshommes
Plus nobles que Philinte.
VALÈRE
Ahî Monsieur, je le croi.
LE COMTE
Les gens de qualité le savent mieux que moi ;
Pour moi , je n'en dis rien ; il faut être modeste.
YALÈRE.
C'est très-bien fait à vous. L'orgueiL..*
LE COMTE
Je le déteste.
Les grands perdent toujours à se glorifier, Et rien ne leur sied mieux que de s'humilier* Vous sortez?
VALÈRE
Oui, Monsieur, je quitte la partie.
Et je sors enchanté de votre modestie.
LE COMTE, lui touchant dans la main.
Sommes-nous hons amis?
VALÈRE
Ce m'est bien de l'honneur.
Et je....
LE COMTE
Parbleu ! je suis votre humble serviteur. Si vous voyez Philinte , engagez-le , de grâce , A ne pas m'obliger à lui céder la place. Il fera beaucèup mieux , s'il renonce à l'espoir D'épouser votre sœur, et cesse de la voih Dites-lui que je crois qu'il aura la prudence De ne me pas porter à quelque violence ; Car, je vous le déclare en termes très-exprès, S'il l'emportoit sur moi, nous nous verrions de près.
VALÈRE
A cet égard, Monsieur, je ne puis rien vous dire; Mais j'entends ce discours, et je vais l'en instruire.