ACTE m, SCENE IV. 3gt
Je vous laisse le soin de l'application , Et , de la modestie embrassant la défense , Je soutiens que par elle on voit la difFérence Du mérite apparent au mérite parfait.
L'un veut toujours briller, l'autre brille en efFet, Sans jamais y prétendre , et sans même le croire. L'un est superbe et vain, l'autre n'a point de gloire; Le faux aime le bruit, le vrai craint d'éclater; L'un aspire aux égards, l'autre à les mériter. Je dirai plus. Les gens nés d'un sang respectable Doivent se distinguer par un esprit affable , Liant, doux, prévenant; au lieu que la fierté Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté. La hauteur est partout odieuse , importune. ' Avec la politesse, un homme de fortune Est mille fois plus grand qu'un grand toujours gourmé, D'un limon précieux se présumant formé.
Traitant avec dédain, et même avec rudesse , Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espèce ; ^ Croyant que l'on est tout quand on est de son sang. Et croyant qu'on n'est rien au-dessous de son rang.
LE COMTE
Ce discours est fort beau ; mais que voulez-vous dire ?
ISABELLE
Lisette , mieux que moi , saura vous en instruire. Je lui laisse le soin de vous interpréter Un discours qui paroît déjà vous irriter.
LE •comte.
Non , de grâce , avec vous souffrez que j e m'explique*
Cette fille, après tout, est votre domestique.
Ne me commettez pas.
ISABELLE
Quand vous la connoîtrez, Des gens de son état vous la distinguerez : Et vous me ferez voir une preuve fidèle De vos égards pour moi , dans vos égards pour elle. Elle connoit à fond mon esprit, mon humeur; Écoutez, profitez, et méritez mon cœur.
Adieu.