‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 286 sur 350 · ACTE IV, SCENE IIL 4ii · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IIL 4ii

Redoublera pour lui de tendresse et d'amour. Tout baigne de mes pleurs , avant la fin du jour Il sera possesseur du peu que je possède. Mon zèle à ses malheurs servira de remède ; Je ferai tout pour lui. Si je n'ai point d'argent, J'ai de riches habits dont on m'a feit présent : Je garde un diamant que m'a laissé ma mère. Je vais tout engager, tout vendre pour mon père : Heureuse si je puis et mille et mille fois Lui prouver que je l'aime autant que je le dois.

lYCANDRE.

Arrêtez. Laissez-moi respirer, je vous prie. Donnez quelque rélâche à mon âme attendrie. Vous aimez votre père ; il n'est plus malheureux.

LISETTE

Ah ! puisqu'il es^t si lent à contenter mes vœux , Apprenez-moi quel monstre a causé sa misère.

LTCAITDRE.

Quel monstre ?

LISETTE

Oui.

LTCANDRE.

L'orgueil ; l'orgueil de votre mère.

Par son faste , les biens se sont évanouis : Son orgueil a causé des malheurs inouïs.

LISETTE

Eh! comment? '

LTCAWDRE.

Une dame assez considérable Lui disputant lé pas dans un lieu respectable.

4i2 LE GLORIEUX,

En reçut un affront si sanglant, si cruel ^

Qu'elle en fit éclater un déplaisir mortel.

L'époux de cette dame , enflammé de colère ,

Pour venger cet affront , attaqua votre père

Au retour d'une chasse ; et prit si bien son temps.

Qu'ils se trouvèrent seuls pendant quelques instants.

D'un trop funeste effet sa fureur fut suivie :

Il vouloit se venger ; il y perdit la vie.

En un mot, votre père, en défendant ses jours.

Tua son eânemi ; mais sans autre secours

Que celui de son bras armé pour sa défense.

Les parents du défunt poussèrent la vengeance

Jusqu'à faire passer ce malheureux combat,

Pur efTet du hasard , pour un assassinat.

Des témoins subornés soutiennent l'imposture ;

On les croit : votçe père , outré de cette injure.

Se défend, mais en vain. Il se cache; aussitôt

Un arrêt le condamne : et, pour fuir Téchafaud ,

Il passe en Angleterre, où quelques jours ensuite

Votre mère devient compagne de sa fuite ,

Le rejoint avec vous qui sortiez du berceau ;

Et son orgueil puni l'a conduite au tombeau.

LISETTE

Ciel ! que m'apprenez-vous l Ce n'est doncpas ma mère Que j'avois au couvent , et qui m'étoit si chère?

LYCANDRE.

C'étoit votre nourrice. Elle vous ramena. Suivit exactement l'ordre que lui donna Votre père , deux ans après sa décadence , De venir dans ces lieux élever votre enfance.

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