‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 292 sur 350 · ACTE IV, SCENE VIL 4a i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIL 4a i

LTCA.irDRE.

Vous? Prouvez-le-moi donc, et dans ce moment même.

LE COMTE

Vous. pouvez disposer de tout ce que je puis. Parlez ; qu'exigez-vous ?

LTCANDRE.

Qu'en l'état où je suis, Vous vous fassiez honneur de bannir tout mystère,. Et de me reconnoître en qualité de père Dans cette maison-ci. Voyons si vous l'oser.

Songez-vous au péril où vous vous exposez î

LTCAKDRE.

Dois-je me défier d'une honnête famille? Allons voir Lisimon. Menez-moi chez sa fille.

LE COMTE

De grâce, à vous montra ne soyez pas si prompt. Vous les exposeriez à vous feire un af&ont. Vous ne savez donc pas jusqu'où va l'arrogance D'un bourgeois anoblî, fier de son opulence^ Si le faste et l'éclat ne soutiennent le rang^ Il traite avec dédain le plus illustre sang. Mesurant ses égards aux dons de la fortune, Le mérite indigent le choque, l'importune, Et ne peut l'aborder qu'en faisant mille efforts ^ Pour cacher ses besoins sous un brillant dehors. Depuis votre malheur, mon nom et mon courage Font toute ma richesse ; et ce seul avantage ,. Rehaussé par l'éclat de quelques actions M'a tenu lieu de biens et de protections^.

J*ai monté par degr-és , et , riche en apparence ,

Je fais une figure égale à ma naissance;

Et , sans ce faux relief, ni mon rang ni mon nom

N'auroient pu m'introduire auprès de Lisimon.

LYCANDRE.

On me Ta peint tout autre , et j'ai peine à vous croire : Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre gloire. Mais pour moi qui ne suis ni superbe ni vain , Je prétends me montrer, et j'irai mon chemin.

( Il veut sortir. ) LE COMTE, le retenant.

Différez quelques jours; la faveur n'est pas grande : Je me jette à vos pieds, et je vous la demande.

LYCAJSDRE.

J'entends. La vanité me déclare à genoux Qu'un père infortuné n'est pas digne de vous. Oui, oui, j'ai tout perdu par l'orgueil de ta mère, Et tu n'as hérité que de son caractère.

LE COMTE

Eh ! compatissez donc à la noble fierté Dont mon cœur, il est vrai, n'a que trop hérité. Du reste , soyez sûr que ma plus forte envie Seroit de vous servir aux dépens de ma vie. Mais du moins ménagez un honneur délicat; Pour mon intérêt même évitons un éclat.

LYCANDRE.

Vous me faites pitié. Je vois votre foiblesse,

Et veux, en m'y prêtant, vous prouver ma tendresse;

Mais à condition que si votre hauteur

Eclate devant moi, dès Tinstant..*.

Page 1