‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 317 sur 350 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Tout ce qui vient ici court encenser ma sœur , Sans qu'on daigne me dire un seul mot de douceur, le ferois donc en vain valoir le droit d'aînée ; Pour vivre dans l'oubli , je sens que je suis née ; J'en ai pris le p^rti sans aigreur et sans fiel j Et n'ai de volontés que les ordres du ciel.

M. DE BONACGUEIL.

Le ciel ordonne-t-il qu'une mère bizarre Par un aveugle instinct se conduise et s'égare ; Prodigue à votre sœur tout ce qui peut flatter, Et n'use de ses droits que pour vous maltraiter? Je ne puis plus souffrir cet injuste partage. La plus rare beauté n'est qu'un frêle avantage, Qu'un écl^t passager, qui, bien qu'éblouissant, Après avoir brillé , souvent meurt en naissant ; C'est un feu qui s'éteint au moment qu'il enflamme: Mais la bonté du cœur, mais la beauté de l'âme , L'esprit et les talents, sont des dons précieux. Qui , n'étant point bornés à £aisciner nos yeux, Nous inspirent pour eux un penchant légitime. Et sont l'objet constant d'une éternelle estime. Voilà ce qui pour toi m'a toujours fait pencher. En faveur de ta sœur on a beau me prêcher , Et tu veux vainement justifier ta mère. En admirant l'effet de ton bon caractère , Contre elle mon esprit n'en est que plus aigri. Je veux absolument t'assurer un mari , ]^t plus tôt que plus tard.

SOPHIE

Jlon OQcb, rien ne pres$e.

LISETTE

Mon Dieu ! pardonnez-moi.

M. DB BONACCUKIL.

Ce point-là m'intéresse Plus que toute autre affaire ; et je vais....

SOPHIE

Vos bontés N'attireront sur moi que mille duretés.

Paroissez occupé de ma sœur Pulchérie ; Dites que vous voulez qu'enfin on la marie : ^ Insistez seulement sur cet article-là , Vous réussirez mieux.

LISETTE

Je conviens de cela.

Mais votre sœur, encor plus vaine que sa mère , Veut devenir duchesse ; et c'est là sa chimère.

M. DE BOIYACCUEIL.

Duchesse!

LISETTE

Eh ! oui , Monsieur. Sa sotte vanité Ose même aspirer à la principauté :

Bien loin de s'en cacher , elle le dit sans cesse ; J'en ai mille témoins.

M. DÉ BOirAGGUEIL.

oh , parbleu ! ma princesse , Je m'en vais vous laver la tête comme il faut, Et je ferai tomber votre orgueil de son haut.

SOPHIE

Mon oncle, au nom du ciel, modérez votre bile.

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