SCENE XIV
SOPHIE
Enfin, grâce au dëpit, je vous parois aimable; Mais mon règne, je crois , ne sera pas durable. Un regard de ma sœur va le faire finir.
LE MARQUIS
Ah ! je vous rends justice , et je veux la punir.
SOPHIE
Vous vous flattez , Marquis ; et je suis peu crédule.
LE MARQUIS
Un si prompt changement semble un peu ridicule ; Mais sur moi la raison peut bien plus que l'amour. Vous la ferez enfin triompher sans retour ; Ce n'est pas d'aujourd'hui que mon cœur s'y prépare. Je vois briller en vous un mérite si rare, L
Que je me suis cent fois reproché vivement, De n'avoir pas pour vous un tendre attachement. Ce que je viens de voir, ce que je viens d*entendre, Fait qu'à votre vertu je brûle de me rendre. Je gardois le silence , et projetois tout bas De vous donner le prix sur d'indignes appas , Dont l'éclat séduisant vous voloit mon hommage. Enfin j'ai su me vaincre, et je sors d'esclavage.
SOPHIE
Vous le croyez, du moins ; pour moi , je n'en crois rien. Soyez en défiance, et consultez-vous bien. Vous tâchez de me faire un tendre sacrifice ; C'est le dépit qui parle, et je me rends justice. Seule , je puis passer , chacun en est d'accord ; Mais la comparaison me fera toujours tort.
49a L'ENFANT GÂTÉ.
Si je plais un moment, aussitôt on me quitte;
Et y quand ma sœur paroît , adieu tout mon mériter
LE MARQUIS
Je jure..,.
SOPHIE
* Doucement.
LE MAKQUIS.
Et le ciel m'est témoin....
^ SOPHIE
Sauvez- vous un parjure, et n'allez pas plus loin.
LE MARQUIS
Que j'expire à vos yeux, si je ne suis sincère. Permettez....
SOPHIE
Jurez donc , si cela peut vous plaire.
LE MARQUIS
Non , je ne jure plus. J'ai de meilleurs moyens De vous convaincre enfin que je romps mes liens , Pour être tout à vous , sans trouble et sans partage.
SOPHIE
En êtes-vous bien sûr ?
LE MARQUIS
c'est à quoi je m'engage.
SOPHIE
Fort témérairement.
LE MARQUIS
Écoutez-moi.
SOPHIE
Parlez.