SCENE XVIL
PULCHIÉRIË.
J'avois lieu de m'attendre à cet empressement ; Mais vous voulez, je crois, que je pense autrement; Et votre dignité sans doute vous fait croire , Que venir me l'ofFrir , c'est blesser votre gloire ; Que pour vous mériter on doit vous prévenir, Et que par quelque avance il faut vous obtenir. Défaites- vous , Monsieur, de cette erreur insigne : Ma main peut être à vous, je vous en trouve digne; Mais, malgré le haut rang où vous êtes monté. Pour désarmer mon cœur ayez moins de fierté.
LE MARQUIS
Non, Madame, jamais, quelque rang que j'obtienne, Le don de votre foi ne doit payer la mienne ; Je ne mérite point ce retour gracieux ; Et si jusques à vous j'osai lever les yeux , J'avoue ingénument que je fus téméraire , Et qu'un monarque seul doit tâcher de vous plaire. Je vais donc vous venger, en vous ôtant mon cœur. Pour vous en délivrer je l'offre à votre sœur. Si ce foible présent lui paroît digne d'elle.
(à Sophie.)
Daignez-vous l'accepter?
LISETTE, à Sophie"
Allons , Mademoiselle , Faites-vous cet effort
M"** AR GANTE, au Marquis.
Vous vous moquez , je croi ?
LE MARQUIS
Non. Croyez que je parle, ici de bonne foi.
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5oo L'ENFANT GÂTÉ.
M"** ARGANTE
Vous avez beau parler, je ne saurois vous croire.
(regardant Sophie d'un air de mépris.)
L'emporter sur sa sœur! elle? Elle auroit la gloire D'avoir la préférence ?
LE MARQUIS
Elle-même : et demain, Si son oncle y consent, je lui donne ma main.
M. DE BONACCUETL.
Qui ? moi , si j'y consens ? Je donnerois ma vie , Pour assurer ainsi le bonheur de Sophie.
LE MARQUIS
Si c'en est un pour elle , il vous coûtera peu ; Votre consentement, suivi de son aveu.
M. DE BONACCUEIL.
Ma nièce , approchez-vous; votre main dans la sienne.
(à madame Argante.)
Mariez votre enfant, j'ai marié la mienne.
M™* ARGANTE
Je l'empêcherai bien.
M. DE BOITACCUEÏL.
Vous ? vous l'empêcherez !
Elle est sous mon pouvoir, et vous l'éprouverez.
SOPHIE, à madame Argante.
Souffrez qu'à vos genoux.*..
m"* ARGANTE.
Otez-vous , insolente.
Je suis au désespoir !
M. DE BONACCUETL, prenant Sophie.
Adieu, madame Argante.