‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 110 sur 120 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Oh ! pour le coup , me voilà dans les Alpes jusqu'au eou. Il y. a des endroits ici où un enrhumé peut cracher à son choix dans l'Océan ou dans la Méditerranée. Où est Pampan ? c'est ici «qu'il ferait beau le voir grossir les deux mers de sa pituite, au lieu d'en inonder votre chambre. Où est l'abbé Porquet , que je le

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place , lui et sa perruque , sur le sommet chauve de* Alpes , et que sa calotte devienne- pour la premier fois le ^oint le plus élevé de la terre.

Pardonnez*moi mon transport, madame; les grandes choses amènent les grandes idées, et les grandes idées les grands mots. J'ai resté long-temps à Vevay ; c'est une ville charmante , où il y a une compagnie très agréable. Malgré tout ce que j'avais entendu dire de la sagesse , et même de l'austérité des mœurs de ce payslà , j'ai vu* que La Fontaine, avait raison de dire que la femme est toujours femme. Non-seulement lafemme y est femme , mais elle y est belle.

Je suis à cette heure dans le Valais, frontière d'Italie* C'est le pays le plus indépendant de toute la Suisse ; c'est le seul où les femmes aient constamment conservé leur ancien habillement. Ce sont die petits corsets assez bien faits r des mouchoirs croisés assez singulièrement, de petits béguins de dentelle, et de petits chapeaux par dessus , avec des nœuds de ruban. Je suis occupé d'avoir des vulnéraires de ce pays-ci pour le roi; Us sont infiniment supérieurs à ceux du reste de la Suisse. J'ai dîné et soupe avec le grand et célèbre Haller; noas avons eu pendant et après lé repas une conversation de cinq heures de suite , en présence de dix ou douze personnes du pays, qui étaient très étonnées d'entendre raisonner un Erahçais; mais, malgré l'attention et l'applaudissement de tout le monde, j'ai vu que, pour parvenir à une certaine supériorité, les livres valent mieux que les chevaux. Dans peu de jours je verrai Voltaire , dont

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Haller n'est pas assez jaloux; et , par échelons, après avoir été dTBLaller à Voltaire, j'irai de Voltaire à vous.* Mettez-moi toujours aux pieds du roi, et dites-lui que la vue des peuples libres ne me portera jamais à la révolte.

Adieu, maman; je vous aime partout où je suis, partout où vous êtes.

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