LETTRE VL
De Ferney.
EnGn me voici chez le roi de Garbe, car jusqu'à présent j'ai voyagé comme la fiancée. Ce n'est qu'en le voyant que je me suis reproché le temps que j'ai passé sans le voir : il m'a reçu comme votre fils , et il m'a fait une partie des amitiés qu'il voudrait vous faire. Il se souvient de vous comme s'il venait de. vous voir, et il vous aime comme s'il vous voyait. Vous ne pouvez pas vous faire d'idée de la dépense et du bien qu'il fait. Il est le roi et le père du pays qu'il habite; il fait le bonhqur de ce qui l'entouré, et il est aussi bon père de femille que bon poète. Si on le partageait «en deux , et que je visse d'un côté l'homme que j'ai lu , et de l'autre celui que j'entepds , je ne.sais auquel je courrais. Ses imprimeurs auront beau faire, il sera toujours }a meilleure édition de ses livres.
Il y a ici madame Denis et madame Dupuùy pée Corneille. Toutes deux me paraissent aimer leur oncle. La première est bonne de la bonté qu'on aime: la seconde est remarquable par ses grands yeux noirs et un teint brun. Elle me paraît tenir plus de la corneille que du Corneille.
Au reste, la maison est charmante, la situation
superbe, la chère délicate, mon appartement délicieux; il ne lui .manque que d'être à coté du votre ; car j'ai beau vous fuir, je vous aime, et j'aurai beau revenir à vous, je vous aimerai toujours.
Voltaire m'a beaucoup parlé de Panapan^ et comme j'aime qu'on en parle. Il a beaucoup recherché dans sa mémoire l'abbé Porquet, qu'il a connu autrefois; mais il n'a jamais pu le retrouver : les petits bijoux sont sujets à se perdre. '
Adieu, ma belle, ma bonne, ma chère mère; aimez-moi toujours beaucoup plus que je ne mérite, ce sera encore beaucoup moins que je ne vous aime.
Voici un impromptu que j'ai fait dernièrement.
J'arrivai chez une belle dame, crotté et mouillé; elle me proposa de me faire donner des souliers de son mari.
De yotçe niari * bfUe Iris , Je n'accepte point la chaussure ; Si je lui donne une coiffure , Je veux la lui donner gratis.