A U21 DE SES* AMIS
Les voilà ces cheveux que le temps a blanchis; D'une longue union ils sont aussi le gage.
Je ne regrette rien de ce que m'ôta l'âge ,
Il m'a laissé devrais amis.
On m'aime presque autant, j'ose aimer davantage. L'astre de l'amitié luit dans l'hiver des ans ;
POÉSIES DIVERSES. l5
Elle est le fruit du goût , de l'estime, du temps ; On ne s'y méprend plus, on cède à son empire,
Et Ton joint sous les cheveux blancs, Au charme de s'aimer le droit de se le dire.
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LE CŒUR
Le cœur est tout, disent les femmes ; Sans le cœur point d'amour, sans lui point de bonheur: Le cœur seul est vaincu , le cœur seul est vainqueur.
Mais qu'est-ce qu'entendent ces- dames
En nous parlant toujours du cœur ?
En y pensant beaucoup , je me suis mis en tête Que du sens littéral elles font peu de cas.
Et qu'on est convenu de prendre un mot honnête
Au lieu d'un mot qui ne l'est pas.
Sur le lien des cœurs en vain Platon raisonne , Platon se perd tout seul et n'égare personne. Raisonner sur l'amoiii*, c'est perdre la raison;. Et dans cet art charmant, la meilleure leçon,
C'est la nature Çui t& donne» -
A bon droit nous la bénissons , Pour nous avoir formé les cœurs de deux façons ;
Car que deviendraient les familles,
Si les cœurs des jeunes garçons
Etaient faits comme ceux des filles ?
Avec variété nature les moula , - Afin que tout le monde en trouvât à sa guise: Prince , manant, abbé , nonne , veine > marquise , Celui qui dit sanctus, celui qui crie alla!
Le bonze, le rabbin , le canne , la soguç grise ,
l6 PoisiES DIVERSES.
Tous reçurent un cœur, aucun ne s'en tint là.
C'est peu d'avoir chacun le nôtre ,
Nous en cherchons partout un autre.
Nature , en fait de coeurs, se prête à tous les goûts;
J'en ai vu de toutes les formes, Grands , petits , minces, gros , médiocres , énormes , Mesdames et messieurs, comment les voulez-vous? On fait partout d'un cœur tout ce qu'on en veut faire ; On le prend, on le donne, on l'achète, on le vend; Il s'élève , il Rabaisse , il s'ouvre , il se resserre ,
C'est un merveilleux instrument ;
J'en jouais bien dans ma jeunesse ;
Moins bien pourtant que ma maîtresse.
O vous, qui cherchez le bonheur ,
Sachez tirer parti d'un coeur.
Un cœur est bon à tout , .partout on s'en amuse;
Mais à ce joli petit jeu ,
Au bout de quelque temps il s'use , Et chacune et chacun finissent, en tout lieu,
Par en avoir trop ou trop peu.
Ainsi , comme un franc hérétique , Je médisais du Dieu de la terre et du ciel.
En amour j.'étais tout physique ;
C'est bien *m poirçt essentiel.
Mais ce n'est pas le point unique.
Il est mille façons d'aimer ;
Et ce qui prouve mon système ,
C'est que la Jjergère que jaime
En a mille de me charmer.
Si de ces mille , ma bergère ,
Par un mouvement généreux , ,
M'en cédait une pour lui plaire ,
Nous y gagnerions tous les deux*
MADRIGAL