‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 58 sur 120 · LE SINGE ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

LE SINGE ET L'AMOUR

Un vieux singe ridé, monstre de corps et d'ame, Avait vu quelquefois, dans l'ombre des forêts,

Le dieu d'amour lancer ses traits Sur quelques jeunes cœurs rebelles à sa flamme.

L'animal veut avoir son tour, Se flattant de tirer aussi droit que l'Amour.

Un jour que, sans soins, sans alarmes, Cet enfant désarmé dormait nu sur des fleurs, Le drôle en tapinois s'en va prendre les armes Et tous les attributs de l'ennemi des cœurs ;

Mais il n'en prit pas tous les charmes ; Il entoure son front du céleste bandeau; Son dos noir est couvert de la trousse dorée, D'une main il tient l'arc, de l'autre le flambeau; Semblable, à son avis, au fils de Cythérée,

Excepté qu'il se croit plus beau.

Le monstre ainsi paré, fièrement se prpmène, Gomme un sot qui viendrait d'entrer en dignité. Dans sa marche il arrive au bord d'une fontaine ,

Et s y mire avec volupté.

Est-ce-moi , disait-il , je ne le crois qu'à peine , Je n'avais pas encore si bien vu ma beauté ;

Je suis lé dieu d amour ; cet autre si vanté Ne serait près de moi que le dieu de la haine. Il se plaindra du vol , mai* on n'f n croira rien En voyant à quel point tout ceci me va bien.

Puis il tourne ses pas vers un bois solitaire , Et s'y met à l'affût comme aurait fait l'Amour, Imitant son maintien, ses ruses, son mystère,

Gomme lui craignant le grand jour, Car le grand jour sert mal quiconque veut mal faire. A peine est-il posté, qu'il voit à quelques pas Venir une beauté comme Ton n'en voit guère, Une beauté qu'ennuyaient ses appas, .

Une beauté qui s'affligeait* de plaire,

Et qui ne trouvait d'agrémens

Qu'à faire une foule d'amans.

Tous les traits s'émoussaient contre ce cœur revêche. Amour l'avait souvent guettée en cet endroit, Mais en vain; l'autre Amour vous apprête une flèche, Et la perce aussitôt d'un coup de maladroit : Tant l'aveugle hasard souvent fait tirer droit!

Voilà notre belle enflammée D'un feu qu'on *ne connaît que quand on Ta senti, Et qui, tout à la fois interdite et charmée t Cherche des yeux la rnahi d'où le trait est parti. L'Amour depuis long-temps observait la méprise ; Il en a ri d'abord, mais il s'indigne enfin.

Sur le masque insolent il s'élance soudain, Et le dépouille aux yeux de l'amante surprise ,

Qui, tirée à la fin d'erreur, Dansl'un d'eux voit son maître, et dans Vautré un voleur. Nymphes, défiez-vous d'une belle apparence.

En tout pays, et même en France.

Si j'ai pour'lédtëtir ùti arôant, Il doit trouver éhcorè un serià en cette fàtite : Un amour imposteur peut séduire un ntoriiérit; Mais le cœur détrompé revient àti Véritbblé.

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LES DEUX PINGOtfâ,

FABfcE.

Certain petit pinçon , né natif de sa cage ,

Du niiëux qu'il pouvait , consolait

Un de ses pareils , d'un autre âge ,

Que Ton avait pris air filet, Et logé depuis peu sous le irieirie grillage. Mon père, je vous £lainà, disait le jeune oiséàù; Mais de tant de regrètt je né Vois pas la causé :

Manque-t-il ici quelque chose?

Ne nous ddnne-t-on fias notre niillet, tfdtWfcaû , Et le matin dû sucre, et lé soir du gâteau?

La fille dû logis nous aimfc ;

On en jugé à ses petits soins.

Essayez dé l'aimer de même :

Alors qu'on aime , on souffre moins.

Je sais , moi, Qu'elle ne désiré

Rien tant Qu'adoucir votre enniii;

Elle vous paffle, parlez-luî.

De nos maux , la érâîhte est le pire ?

Toute fiBè * d'ailleurs un r"anïage si dôirit

Qtfdtf \à prendrait pôtir un dé nttus, Et c'est comme une sœur à qui Ton* petit ibili cRrè.

Celle-ci préiid sûin de itfftïstruir'e,

Et, grâce à ses leçons, sans avoir voyagé,

Vous n'imaginez pas la science que j'ai.

Dès que j'ai sur mes flancs senti battre mes ailes ,

Voilà que le désir me prend De fuir vers ces forêts que vous dites si belles , Et qui doivent prêter leurs ombres maternelles A mille et mille oiseaux dont je me crois parent. Je fis ma confidence à ma seconde mère,

Qui me répondit en pleurant :

Pauvre petit ami, quoi! vous prétendez faire, Dans les airs, le métier de chevalier errant! Je sens, lui dis- je, en moi quelque chose de, grand, Qui n'annonce rien moins qu'un pinçon ordinaire ; Je veux tenter fortune et m'abandonne au sort. Des pinçons mes aïeux je veux voir la patrie : On se plaît au berceau de ceux de qui l'on sort. Pauvre petit ami, dit encor mon amie,

Vous allez en terre ennemie,

Hélas ! pour y trouver la mort.

Connaissez mieux les bois, la paix en est bannie ; Le plus fort y domine et le plus faible a tort : Et que peut espérer un pinçon, je vous prie,

Dans le domaine du plus fort? Ces discours , j'en rougis, ont vaincu mon courage,

Et j'ai fait, non sans quelque effort,

Vœu de clôture dans ma cage.

En effet, dans vos bois on ne vit qu'à demi; Là, jamais de nos ans la trame n'est complète , Et la race pinçonne, à l'escrime peu faite, A toute heure y rencontre un nouvel ennemi.

Vers minuit sous la feuille êtes-vous endormi, Gare le chat-huant, et gare la belette; .

Au lever du soleil l'oiseleur a son, tour;

Si vous vous éloignez des pièges qu'il vous dresse , Un chasseur vient sur vous éprouver son adresse; Au chasseur échappé, vous trouvez le vautour.. «. Toujours fuir! à ce prix la vie est par trop. chère. Mais c'est peu du péril auprès de la misère :

Tantôt la soif, tantôt la faim; Point d'eau dans les chaleurs; en hiver point de grain;

Et puis le grand air est malsain,

A ce que dit mademoiselle, On change de climat du soir au lendemain, Samedi Ton brûlait, et, dimanche l'on gèle.... Dites si Ton ma fait un rapport infidèle;

Et croyez-vous, d'après cela,

Qu'on soit plus mal ici que là?

Mais vous restez muet ; répondez donc , mon maître. Ami , dit le captif encor plus attristé,

Sois heureux puisque tu peux l'être

Dans la prison qui t'a vu naître ;

Moi, j'ai connu la liberté.

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