ACTE T, SCÈNE II. i
jamais mortel n'est revenu ; il essaie, pour son ami , d'arracher la déesse des enfers à son austère époux : ni crainte ni pudeur ne l'arrête, et jusqu'aux rives de l'Achéron , le père d'Hippolyte va porter l'offense et le déshonneur... Ah ! malheureuse , mon sein renferme de plus cruels troubles. La tranquillité de la nuit, les charmes du sommeil ne peuvent rien sur moi : tel que les feux qui couvent dans les antres de l'Etna , mon mal se nourrit, s'accroît et me brûle au dedans ; l'art de Pallas est abandonné , les fuseaux tombent de mes mains : on ne me voit plus orner les autels de mes offrandes ; ma voix ne se mêle plus dans les temples aux chants des Athéniennes ; je ne porte plus le flambeau dans leurs assemblées secrètes; je n'adresse plus de prières ni d'hommages purs à la déesse dont les soins gouvernent la terre ... Je ne sais, il me semble que j'aimerais à devancer la coursç des bêtes fugitives , çt mes faibles mains brûlent de lancer des traits mortels.. ... Où vous égarez- vous , mon esprit? ôt d'où vient cet amour des bois? ... Ah! je reconnais les maux de ma déplorable mère: l'amour et le crime nous attendent dans les forêts. O ma mère ! que je vous plains ! embrasée d'une étrange flamme , vous osâtes aimer le chef sauvage d'un troupeau ^il était farouche , fougueux, indompté , mais au moins il aima. Moi , malheureuse , quel dieu , quel génie pourrait aider à me consoler? Non , le père d'Icare, qui nous apprit à renfermer un monstre dans d'obsn curs détours , m'offrirait en vain le secours de son art. Vénus irritée déteste la race du soleil , et se venge sur
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nous des chaînes de Mars et des siennes. Elle plonge dans l'opprobre et le crime toute la race de Phébus : une fille de Minos n'est pas faite pour brûler d'une flamme ordinaire , il faut qu'il s'y joigne des forfaits,
LA NOURRICE
Femme de Thésée , brillante fille de Jupiter , éloignez de vous ces pensées, étouffez cette flamme honteuse , et ne vous livrez point à un funeste espoir. Celui qui résiste à l'amour naissant peut seul s'en défendre et triompher ; mais celui qui se nourrit au dedans de ce poison délicieux essaie trop tard de secouer le joug, il est déjà vaincu. O reine! je le sais trop bien , l'orgueil du trône connaît peu la dure vérité , et résiste aux sages conseils ; mais quels que soient les dangers que je cours, je les affronte. Que craindrais- je h mon âge ? la mort va me rendre libre... Où courez-vous, malheureuse Phèdre? vous ajoutez à l'opprobre de votre maison : vous surpassez votre mère ; son amour monstrueux était moins coupable : car votre crime vient de vous , et le sien fut celui des dieux.... Éteignez, je vous en conjure, des feux inconnus jusqu'ici , même parmi les peuples barbares, et dont les déserts des Gètes , les sauvages rochers du Taurus , les champs des Scythes vagabonds , n'ont point vu d'exemple. Que votre ame , rendue à elle-même , se rappelle Pasiphaé , et qu'elle Craigne de nouvelles horreurs. Quel affreux mélange méditez-vous ! quel fruit naîtra de votre flamme incestueuse! Ah! renversez la nature, renouvelez les prodiges, repeuplez le labyrinthe de nouveaux monstres,