‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 84 sur 120 · LE CHOEUR, PHÈDRE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LE CHOEUR, PHÈDRE, LA NOURRICE

LE CHOEUR

Parlez, fidèle nourrice, qu'est-il arrivé de nouveau ? Où est la reine ? y a-t-il quelque adoucissement à ses maux ?

• LA NOURRICE

Nul espoir de soulagement; le mal qu'elle souffre n'en admet point. Elle cache et trahit le feu qui la consume; ses yeux étincellent, et son visage abattu fuit la lumière; incertaine, irrésolue, rien ne lui plaît; et son maintien change au gré de sa vague inquiétude; tantôt elle essaie d'avancer d'un pas défaillant ; et son corps épuisé succombe sous son propre poids*; tantôt elle cherche le repos , mais le sommeil la fuit. La nuit se passe en gémissemens; tour à tour elle se lève, se recouché; elle fait rassembler ou lâcher sa chevelure, et, toujours mécontente, elle change toujours. Déjà tout soin de sa nourriture et de sa vie est oublié ; sa force la quitte , ses membres chancellent , son éclat s'efface ; son corps souffrant ne se soutient plus ; elle perd ses charmes avec ses forces , et ses yeux ne rappellent plus comme autrefois le

lfo HIPPOLYTB.

dieu du jour dont elle descend : les larmes coulent sans cesse sur ses joues pâlies , comme au printemps les neiges s'écoulent sur les sommets blanchis des collines..... Mais les portes du palais s'ouvrent; c'est elle-même que nous voyons, et qui , dans son transport, déchire ses vêtemens.

PHÈDRE

Esclaves, éloignez de moi cette pourpre et cet or; éloignez ces vêtemens précieux que les Serres ont tissus; qu'une courte ceinture relève ma robe légère; point de collier qui m'enchaîne : délivrez-moi du poids de ces perles et de l'odeur importune de ces parfums; que mes cheveux épars sur mes épaules voltigent dans ma course au gré des vents; que mon carquois, rejeté de côté, laisse à ma main droite l'usage du javelot thessalien : telle fut la mère de l'austère Hippolyte , lorsque , abandonnant les côtes de la mer glaciale, elle vint couvrir l'Âttique de ses escadrons; ses cheveux , renoués d'un simple nœud , flottaient librement ; une cuirasse légère défendait son corps sans offenser son sein ; une pelisse sauvage était toute sa parure. C'est ainsi que je veux parcourir les forêts.

JLA. NOURRICE.

Ah ! reine * oubliez ces vagues idées et ces vains transports ; songeons plutôt à gagner la faveur de Diane. — O toi, reine des forêts, déesse qui parcours nos montagnes et que nos bergers adorent , change en augures favorables ces tristes présages; triple Hécate, divinité si chère aux habitons des bois; astre

Page 1