ACTE I, SCÈNE il. l3g
abuser de son arc et de son flambeau. D'une main trop incertaine il porte des blessures invisibles qui déchirent nos cœurs et font circuler dans nos veines un feu dévorant ; nulle trêve avec cet enfant. Des plages de l'Orient aux contrées de l'Hespérie, des nations brûlées du Midi jusqu'aux peuples errans du pôle glacé , tout éprouve ses ravages ; il allume les brûlantes ardeurs de la jeunesse; il ranime les feux éteints du vieillard débile; il embrase la vierge in* nocente d'une flamme inconnue, et fait descendre ici les dieux sous des formes empruntées. Voyez le blond Phébus conduire en Thessalie de vils troupeaux, et le dieu de la lyre les rappeler au son d'un pipeau rustique. De plus étranges déguisemens ont caché le maître du ciel et des tempêtes ; tantôt imitant les derniers accens du cygne, il déploie ses ailes argentées; tantôt c'est un taureau qui semble se prêter aux jeux des nymphes; mais bientôt, chargé de la belle Europe, il traverse l'empire de son frère, tremblant pour sa proie. Ses larges pieds lui servent de rames mobiles, et de son poitrail nerveux il sillonne les flots. La tranquille déesse des nuits a connu l'amour. Elle abandonne à son frère le soin de son char. Phébus apprit à plier les coursiers de sa sœur dans un cercle plus étroit. Le char appesanti roula moins rapidement , et la terre attendit le jour plus long-temps que de coutume. Le fils d'Alcmène laisse son carquois et sa dépouille sauvage ; il souffre que des anneaux brillans parent ses doigts endurcis; que ses cheveux hérissés soient rassemblés en boucles , et
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que de riches liens entourent ses jambes nerveuses; La main qui porta la massue tourna mollement le fuseau; et la riche Lydie a vu ces épaules, qui naguère soutenaient les cieux, rejeter la dépouille du lion de Némée pour se couvrir d'une ^étoffe délicate. Non , non , cette flamme est sacrée,, trop de victimes l'attestent. Cet enfant superbe règne sur l'étendue que l'Océan environne , et dans les espaces que les astres parcourent. Ses traits enflammés vont chercher les filles de Nérée au fond des mers bleuâtres , et les enfans de l'air au-dessus des nuages. Voyez les taureaux que Vénus aiguillonne se disputer des troupeaux entiers par de sanglans combats, le timide cerf dévient audacieux pour défendre ses .amours , et les bois retentissent de sa fureur; alors le tigre redoutable porte ses ravages chez les pâles Indiens ; le sanglier écumant aiguise ses armes ; le fier lion agite son panache, et l'écho des déserts répond à ses longs mugissemens. Les monstres des mers orageuses , les sauvages buffles de Lucanie connaissent l'amour. La nature. réclame ses droits sur tous les êtres ; rien n'en garantit; la haine même, dès que l'amour a parlé, s'éteint et fait place à d'autres feux; et pour tout dire enfin, une marâtre peut aimer.