‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 93 sur 120 · ACTE III f SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III f SCÈNE II

PHÈDRE

Si j'en dis la cause , j'en perds le fruit.

THÉSÉE

Nul autre que moi ne l'entendra : craignez-vous les oreilles de votre époux ? parles , votre secret restera dans mon cœur fidèle.

PHÈDRE

Cachons les premiers ce que nous voulons que les autres cachent.

THÉSÉE

Tous les moyens de mourir vous seront refusés.

PHÈDRE

La mort ne manque jamais à qui la désire.

THÉSÉE

Mais quel crime cette mort doit-elle expier ?

PHÈDRE

Le crime est de vivre.

THÉSÉE

Quoi ! mes larmes ne vous touchent point ?

PHÈDRE

Elles adoucissent mes derniers momens.

THÉSÉE

Elle s'obstine au silence ; mais les fers et les tour* mens arracheront le secret de la nourrice. Qu'on la lie, et que

PHÈDRE

Arrêtez, je parlerai moi-n\ême.

THÉSÉE

Pourquoi détourner vos tristes yeux ? pourquoi ces larmes que votre voile essaie en vain de me cacher?

1 56 HIPPOLYTE

PHÈDRE

Père des dieux, je vous prends à témoin; et vous, brillant flambeau des cieux , Phébus , auteur de ma déplorable famille, j'ai résisté aux prières; les menaces et le fer n'ont point abattu mon courage, mais la violence a triomphé, et la tache sera lavée de tout mon sang.

THÉSÉE

Ah ! parlez : quel fut l'infâme adultère ?

PHÈDRE

Celui que vous soupçonneriez le moins.

THÉSÉE

• N'importe, je veux le connaître.

• PHÈDRE

Interrogez ce fer; l'infâme a fui au bruit du peuple accourant à mes cris ; et, dans son trouble, il a laissé ce témoin de son forfait.

THÉSÉE

Cieux ! quel crime ! quel monstre ! Je le reconnais ce glaive , je vois sur cet ivoire l'antique symbole de ma race. Mais où est le traître ?

PHÈDRE

Les esclaves l'ont vu troublé et fuyant rapidement.

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